• D'une promesse à une autre, dans la chaleur de Noël...

    Devant sa porte, mes doigts, comme si souvent, ont du mal à pousser la poignée.

    Je ferme doucement les yeux, pour me donner du courage, et je serre un petit peu plus fort mes doigts autour des paquets, entre mes mains.

    Dans mon esprit, la musique, et la fête, et les rires ne se sont pas encore tout à fait tus, et il me semble encore les sentir valser autour de moi.

     

    Lorsque, enfin, la chaleur de l'intérieur se diffuse sur ma peau, ses bras m'enserrent presque aussitôt, et un large sourire traverse mon visage.

     

    "Tu m'as manqué mon chou, tu m'as manqué."

     

    Il y a un tel empressement dans ses mots, dans ses gestes... Je ne me souviens pas d'un retour auprès de lui qui m'ait réchauffé autant le cœur que celui de cet après-midi. Je rends chaque baiser, retiens chaque caresse, je réalise même qu'il n'y a pas assez de place, entre ses baisers, pour m'agenouiller à ses pieds, ou pour lui témoigner ma soumission. Sa tendresse ne m'en laisse pas la place.

    Son corps m'entraîne avec le sien, son corps voudrait me faire l'amour, mais ses mots se bousculent entre ses lèvres, et son corps perd ses droits.

    Il me raconte, et les images me viennent, dansant dans ma tête... Le bébé qui a grandi, déjà, le bouchon de la bouteille qui n'a pas été retrouvé, et le sapin, qui était plus grand que le nôtre, et plus beau, et la route, qui glissait... et.... et je ne sais plus, parce que je ne vois, déjà, plus que son sourire, et ses yeux qui pétillent, et les mouvements joyeux de ses mains, qui accompagnent sa voix.

     

    " Et toi nine, tu me racontes ? ça a été ?"

    Je ris, et me moque de lui, lui disant que s'il se tait plus d'une minute, j'arriverai peut-être à lui raconter.

    Et je lui raconte. Tout dans le désordre. L'immense cuisine en formica gris brillant avec la porte à double battant , et les femmes, qui passent et repassent, en riant, et les plats, qui passent de mains en mains, et la décoration, qu'on a faite en moins de deux heures mais qui était magnifique, qu'on a faite en montant sur l'échelle, mais l'échelle a cassé, et je suis tombée, regarde !"

    Il voit le bleu, sur la peau de ma fesse, et il rit, c'est à lui, à présent, de se moquer de moi.

     

    Et les gens, qui parlaient pas la même langue que nous, mais tu sais, c'est vrai, ça existe, la magie de Noël, parce que juste pour Noël, ils sont venus avec nous quand même, et les petits, ils ont joué ensemble, et les nôtres ils savent presque parler leur langue, du coup, et les leurs, ils parlent presque la notre! C'est dingue! je te jure! C'est Noël, tu sais, qui a fait ça !"

     

    Il rit... "T'es conne nina !" et je ris aussi... "Je sais."

     

    "Et même que tu sais, le soir, en plein milieu de la nuit, on a désembourbé les camions, juste pour que les autres, qui parlent pas la même langue que nous, ils se rapprochent de nous quand même, parce que c'était Noël ! Et on était tous plein de boue, dans la nuit, et on a tellement ri qu'après on pouvait plus s'endormir, et mon père, il a eu honte de leur avoir fait la misère, et de les avoir forcés à rester à l'autre bout du terrain, et après, il leur a dit qu'ils resteraient pas dans la boue, même après Noël, et moi j'étais heureuse, tu sais, tellement heureuse que les choses se désembourbent, pour ceux des deux langues, comme on désembourbe les camions, grâce à Noël."

     

    A force de raconter, je finis par perdre le souffle, et je viens cacher mon visage contre Lui, pour me faire taire un peu, parce que j'ai honte, d'avoir parlé autant, comme ça, et de tout, comme si j'avais pas pu parler pendant des semaines, et aussi, parce que j'arrive au moment de Noël que je peux pas raconter à mon Maître, alors je me tais.

     

    Il a l'air si heureux, en m'aidant à ordonner les paquets, il me vole un baiser chaque fois que mes lèvres passent près des siennes, et sa chaleur me fait un bien fou.

    Il faudra encore quelques heures, et presque le coucher du soleil, pour que nos mots se tarissent, et que nos corps, l'un contre l'autre, aient enfin le droit de savourer leurs retrouvailles.

    Son souffle, apaisé et silencieux, réchauffe régulièrement mes seins, et mes doigts jouent avec les plus petits de ses cheveux, mes préférés, ceux qui prennent vie juste au-dessus son oreille, qui sont plus clairs que les autres, et qui ne sont pas assez longs pour s'entourer autour de mon index.

    Ses lèvres rejoignent mes doigts, et les embrassent.

     

    Lorsque je sens ses caresses s'interrompre d'un seul coup, je ne comprends pas. Je vois son regard s'arrêter sur mes mains, et les fixer.

    Puis ses yeux finissent par lâcher mes mains, et se relèvent vers les miens. Je ne soutiens pas ce regard plus d'une minute, et je détourne le mien tout de suite.

    Discrètement, je jette un coup d'œil à mes mains, et je vois, à la base de mes pouces, les arcs de cercle dessinés par les ongles de mes index, enfoncés dans ma peau. Ces arcs de cercle, encore...qui prennent vie à cet endroit là de mon corps, lorsque la peur me fait serrer les poings.

    Je referme mes doigts, pour les dissimuler, ces marques, si petites, et pourtant si présentes, mais c'est déjà trop tard, et le sourire sur le visage de mon Maître s'estompe doucement.

     

    Ni lui ni moi n'ouvrons la bouche, pas un son ne sort de nos lèvres, mais je sais, à son regard, ce qu'il est en train de penser, et il sait, à cause de mon souffle qui s'est arrêté, que je redoute les mots qu'il pourrait dire.

     

    Au bout de longues minutes, mes doigts se rapprochent des cheveux de Lui que je préfère, tremblants, espérant avoir encore le droit de lui dire que je l'aime.

    Mais il se recule, et mes doigts retombent dans le vide, lorsque son corps s'éloigne du mien.

     

    Mon corps se resserre sur lui-même, à côté du sien, qui me tourne presque le dos, et je sens mes dents mordre le tissu de notre drap, pas bien fort, mais juste assez pour m'empêcher de pleurer.

     

    Je murmure "Je t'aime, Raphaël."

     

    Le silence qui suit mes mots me fait trembler plus fort que le froid, et je n'ose pas me rapprocher de Lui.

     

    Je murmure, plus doucement encore "Monsieur, je vous aime."

     

    Je vois le muscle de son épaule se contracter, et je sais qu'il serre, lui aussi, le tissu du drap qui est de son côté.

     

    Mes paupières se referment sur elles-même, et je ne dis plus rien.

     
     

    "Si seulement tu pouvais me parler nina..."

     

    Les minutes de silence qui suivent, faisant écho à l'absence de mots, dans ma bouche, me paraissent être les minutes les plus longues que l'on peut tenir, si glaciales, alors qu'il y a moins d'un quart d'heure, le corps de mon Maître et le mien brûlaient encore l'un contre l'autre...

     

    Il se retourne vers moi, me regarde...non... pire... me fixe... et attend... et tandis qu'il attend, en me fixant, il me semble que je m'efface, il me semble que je meurs... puis, devant mes lèvres closes, il se lève, s'éloigne, et referme la porte derrière lui. Le silence ne s'est pas brisé. Et les minutes glaciales gèlent toujours mon corps.

     

    Seule dans notre lit, je suis incapable de faire le moindre geste, incapable de me lever, incapable de remuer mes jambes, pour qu'elles cessent de trembler, incapable, même, de cligner des yeux. Mais, hélas, pas incapable de penser.

     

    Ce moment de Noël, que je m'étais promis d'oublier aussi longtemps qu'il me sera possible de l'oublier, alors que je prenais sur moi pour ne plus avoir peur, devant la porte de mon Maître, avec mes paquets entre les bras, et ma main, immobile, sur la poignée, ce moment est en train de revenir en moi, sans que je choisisse si je veux ou non qu'il ait existé.

     
     
     
     
     
    "T'as vu, nina ?"
     
    On est assis tous les deux sous les étoiles, sur le tabouret de devant chez lui. Noël est encore tout chaud, autour de nous, chaud des rires des petits, chaud de son sourire, à lui, chaud des couleurs des robes des femmes, chaud de la chaleur que les cuisines ont laissé sur nos peaux, un Noël tout chaud, si chaud que je me dis que j'ai été bien bête de le redouter autant, ce jour.
     
    Il me montre la petite bouteille de Cristalline, entre ses doigts.
    Et je lui souris.
     
    "Oui. J'ai vu."
     
    "Et tu es heureuse?"
     
    "Oui. Bien sûr que oui papa."
     
    Et c'est vrai, que je suis heureuse. Même si je n'ai pas tout à fait confiance, parce que ce moment , je l'ai déjà vécu plusieurs fois, et que chaque fois, les choses sont revenues comme avant.
     
    "C'est pour toi, tu sais."
     
    Il tend sa main libre devant moi, et je vois qu'elle tremble, et je sais que c'est le manque qui lui fait ça.
    Je sens mon corps se crisper.
     
    "C'est surtout pour toi, non ?"
     
    "Pour toi aussi, mon petit rat. Pour toi aussi."
     
    Je baisse les yeux, et je murmure "alors, merci."
     
    "Tu reviendras, n'est-ce pas, si j'y arrive?"
     
    Je reste silencieuse.
     
    Il guette mes lèvres, longtemps, trop longtemps, puis se lève, faisant culbuter le tabouret, sous nos cuisses, tourne en rond autour de moi, et je ne vois plus les étoiles. Je reste assise sur mes chevilles, le dos contre le fer blanc de la taule, et je fixe la terre humide, derrière ses jambes.
     
    Je sens chaque parcelle de mon corps trembler. Ce moment, je l'ai redouté, et le voilà. J'ai l'impression que mon cœur va exploser, que mon ventre va se rompre, tellement il est noué.
    Ma gorge est tellement serrée, que je crois bien que plus un mot n'en sortira.
    A mesure que je sens la pression monter, dans son être, à lui, mon énergie, à moi, et ma volonté, et mon espoir, semblent m'abandonner.
     
    "Tu reviendras, ou non? Sinon, c'est pas la peine."
     
    Ses doigts se sont écartés, autour de la base de la bouteille d'eau, qui ne tient entre eux que par la pression entre son index et son pouce. Son regard me transperce.
     
    Dans ma tête, je n'arrête pas de répéter "Raphaël... Raphaël..."
     
    Et je m'entends dire "Oui. Si tu y arrives, je reviendrai. "
    "Alors promets-le."
    "Je te le  promets."
    Et ses doigts se ré entourent tous autour du plastique de la petite bouteille.
    Et mes ongles trouent la base de mes pouces.
     
    Je l'entends me parler de "ma place", et j'hoche la tête, et murmure "oui", à tout ce qu'il me dit. Je suis redevenue incapable de dire non. Incapable de ne pas prendre chaque mot qui sort de ses lèvres comme une vérité. Et, dans mon ventre, je sens une douleur qui se propage dans tout mon corps, qui me persuade qu'il a raison, et que c'est ma place, et que tout ce qu'il dira à partir de cet instant sera vérité.
    Il entoure ses doigts autour de mon visage, et sèche mes larmes. Dans le quasi-silence autour de moi qui m'oppresse, juste assourdi par ses mots qui me semblent presque lointains, je ne les avais pas senties venir.
    Je croyais être une adulte. Je croyais être plus forte, maintenant, plus forte que ça. Mais je crois que le temps pourra passer autant qu'il voudra, si je me retrouve encore entre ses mains, je redeviendrai une folle, une folle dont les lèvres meurent d'envie de prononcer des mots qui sont incapables d'en sortir, et qui ne peut qu'hocher la tête, dire oui, et sourire derrière ses larmes.
     
    "Allez, viens, petit rat, on va rejoindre les autres."
     
    La musique, les rires, les petits, la fête, et les couleurs autour de moi ont raison de mes larmes, et je finis même par sourire pour du vrai. Et, au milieu de leurs rires, je me dis que ce moment, là-bas, dans le silence, sous les étoiles, que cette promesse que je viens de faire, ils n'existent pas, et que tant que je me persuade qu'ils n'ont pas existé, alors je tiendrai.
    Je tiendrai le temps de profiter, au jour le jour, de mon Maître, de mon Raphaël, de ses sourires, et de sa chaleur.
     
     

    Je ne pensais pas qu'il me faudrait les revivre en moi-même si vite, à cause du regard inquiet de mon Maître, sur mes pouces, mon Maître qui ne comprend pas, et qui m'en veut, et qui me tourne le dos, et qui me laisse seule dans notre lit.

     
     
     

    Combien de temps, avant que je ne retrouve l'usage de moi-même? Je ne sais pas.

    Je repousse notre drap, je traverse pieds nus le couloir, je passe devant la petite commode, et y saisis notre cravache, entre mes doigts, puis je pousse la porte que mon Maître a poussé avant moi, pour le rejoindre.

    A genoux devant lui, je lui tends notre cravache.

     

    Les minutes se font longues.

    Mes pensées se bousculent, dans ma tête, alors que je fixe le sol devant moi, les yeux baissés...Tu m'en veux, mon Maître, hein ? Je sais comme tu m'en veux. Tu m'en veux de ne pas savoir te parler, tu m'en veux pour mon silence... Tu m'en veux de mes sourires, lorsque tu voudrais connaître ce qu'il y a derrière. Moi aussi, je m'en veux, tu sais. Mais si tu savais comme je t'aime. Si tu savais comme je t'aime. Prends-la, cette cravache, prends-là, je t'en supplie.

     

    Ses doigts se joignent enfin aux miens, et je sens le cuir de notre cravache passer de moi à lui. Je retrouve mon air, je sens une larme de soulagement rouler sur ma joue, silencieuse, et j'attends.

     

    Lorsque je finis enfin par relever la tête, je vois la cravache, posée à côté de lui, séparée de sa main, et qu'il ne regarde pas.

    Moi non plus, il ne me regarde pas.

     

    Je murmure "Monsieur..."

    Mais il ne me laisse pas le temps de terminer...

     

    "Qu'est ce que tu veux ? C'est ça que tu veux ?"

    Il me désigne la cravache. Je fais oui avec la tête.

     

    "Alors ne compte pas sur moi."

     

    Je murmure "Pourquoi?"

     

    Il ne me répond pas.

     
     
     

    Les minutes à ses pieds, en sentant qu'il fait tout pour ne pas me regarder, sont si longues que j'ai l'impression qu'elles ne se termineront jamais. Et si c'était toujours comme ça? Et s'il ne me regardait plus? Je sens mon corps trembler, je mors ma lèvre, pour m'empêcher de pleurer.

     

    J'entends ma voix, à peine audible, chuchoter "Raphaël, par pitié, punis-moi, ou aime-moi, mais ne me laisse pas comme ça."

     

    Ses yeux croisent les miens.

    "Ne me laissez pas comme ça, Monsieur, s'il vous plaît ."

     

    Il me détaille pendant si longtemps que j'ai l'impression qu'il peut lire dans mon âme. J'ai tellement honte. Tellement honte que je ne peux pas soutenir son regard,. Je baisse les yeux, alors que je voudrais tant être capable de garder les miens dans les siens.

     

    "Viens-là nine."

     

    Son bras s'entoure autour de ma taille, il me soulève du sol, et, d'un geste, me serre contre lui. Je love mon visage dans son odeur, et ne la laisse plus, pendant de si longues minutes. Je ne réalise pas tout de suite que ma poitrine s'est secouée du sanglot que je retenais, quand j'étais par terre, à ses pieds.

     

    Sa main cajole mes cheveux, et la base de mes épaules... Il me murmure "C'est rien ma nine, c'est rien, arrête de pleurer."

     

    Pour la deuxième fois de la soirée, il me fait l'amour, et je cesse de pleurer.

     

    Et lorsque, allongée contre lui, je pense à tout ce qu'il m'a donné, à tout ce qu'il me donne, jour après jour, à tout ce qu'il est, pour moi, je me dis qu'il faut à tout prix que je sois capable de lui rendre au moins autant. Juste au cas où. Mais je ne sais pas comment faire... Comment faire pour l'aimer autant qu'il m'aime. Comment faire pour lui rendre autant qu'il me donne.

     

    Et, pendant que je pense, la solution me vient, claire comme une évidence, et je souris... J'ai peur, et je souris.

     

    "Monsieur..."

     

    Un baiser, contre ma nuque, et je sais qu'il ne dort pas, et qu'il m'entend...

     

    "Si vous voulez toujours... pour Patrick... "

     

    Son corps se contracte derrière moi... Bien sûr, qu'il veut toujours...

    Il reste silencieux, et moi je me souviens...

     

    La toute première fois, derrière cette porte grise, quand il m'avait "présentée". Comme j'étais terrifiée. Je me souviens de mon refus, de ma culpabilité, de tout.

    Et puis, la deuxième fois, je me souviens de ce regard, ce regard sur moi, qu'avait mon Maître, alors que Patrick frappait, ce regard dans lequel j'ai lu "plus à moi que tu ne l'as jamais été", ce regard dans lequel j'ai trouvé la force de ne pas crier. Et puis.... cette soirée.... où cet homme était chez nous, quand je suis rentrée. Là encore, ma terreur, et puis, dans la nuit, mon air qui m'était revenu, juste parce qu'il m'avait dit "je suis fier de toi."

    Et puis... ce matin gelé, au milieu des champs, ce jour où j'ai eu si peur qu'il me laisse, chez Patrick, ce jour interminable où l'eau glacée est entrée, et sortie de moi, et entrée encore, jusqu'à ce que je tombe, et que mes mots, pour mon Maître, incohérents, soient ma seule bouée.

    Et cette soirée, à Marseille, cette soirée où il m'a tenue, cuisse écartées, entre ses doigts, et où les doigts de ces autres hommes m'ont fait tant de mal, et tant de bien, cette soirée où j'ai senti son sexe durcir sous moi, à mesure que la honte me paralysait contre lui. Je me souviens de ma douleur, et de ma terreur, lorsqu'il m'a offerte, réellement, pour la première fois, et que j'ai cru mourir, car moi je ne voulais que Lui. Et.... de la fierté qui a suivi cette presque-mort, fierté d'avoir été capable de lui offrir un plaisir si intense, fierté d'avoir fait taire mon envie, et de m'être simplement offerte. Pour du vrai. En taisant ma peur.

    Je me souviens du regard excité comme jamais de mon Maître, sur moi, dans le jardin de Patrick, alors que mon corps se cabrait encore et encore sous la badine, réclamant plus de douleur, en se nourrissant de ses yeux.

    Je me souviens, aussi, du mépris qu'a Patrick pour moi, mépris si humiliant, que je n'ai jamais connu en mon Maître. Mépris qui me fait me sentir sale, et sans valeur, et que je ne supportais que pour le plaisir de mon Maître.

    Et puis, je me souviens, du jour où Patrick est allé trop loin, où ses mots m'ont fait tant de mal que j'ai supplié mon Maître de ne me garder que pour lui. Je me souviens de sa déception, je me souviens de sa rancœur contre moi, parce que je n'avais pas eu le courage de lui dire avant que c'était trop dur, qu'il me prête, et.... je me souviens de ses caresses, de ses câlins, de sa patience, pour me consoler des larmes que me donnait la honte de l'avoir supplié de ne plus me prêter.

     
     

    Je sens ses bras me retourner vers lui, et ses yeux me fixent.

    "Qu'est ce qui a changé, depuis que tu ne voulais plus, nina?"

     

    Je réfléchis....Je n'en sais rien... Je ne sais pas ce qui a changé. Je sais juste que maintenant je veux lui donner le plus possible. Le plus possible. Au-delà de mon plaisir et de ma volonté. Je veux lui donner tout ce qui peut le combler, et je sais que me prêter le comble. Je ne sais pas pourquoi, mais c'est ainsi, et, au final, je crois que j'en tirais quand même de la fierté.

    Je veux Tout lui donner. Juste au cas où.

     

    Je murmure " Je sais pas, Monsieur."

     

    "Alors essaie de trouver, parce que je ne te prêterai pas si rien n'a changé en toi."

     

    Je ferme les yeux.

     

    Je t'aime tellement, Raphaël...

     

    Nos sourires sont revenus, puis nos rires, puis nos mots à propos de son Noël à lui, et de mon Noël coloré, à moi. Et c'est Noël, à nouveau, entre ses bras, et j'ai réussi à oublier à nouveau le moment de mon Noël où tout a été silencieux, et mon corps gelé se réchauffe de sa chaleur, à lui. Lui, lui, lui , juste lui, et ces minutes brillantes de notre sapin, juste derrière nous, dont les couleurs luisent et scintillent, autour de nos peaux, ces minutes précieuses et magiques, à déguster de toutes mes forces.

    Nos minutes.

    Mon Maître.

     
     
     

    Je vais essayer de trouver, ce qui a changé d'autre, à part le fait que j'ai peur, tellement peur, plus peur qu'avant, de te perdre, ce qui a changé d'autre, et qui pourrait te donner prétexte à me prêter à nouveau. Car tu mérites tant. Tu mérites tellement. Et moi je t'aime si fort.

     

    Oui. Tu me prêteras encore. Tu me prêteras, et tes yeux brilleront. Je ne sais pas encore comment, mais tu auras ce bonheur là, mon Maître, je te le promets.

     

    Je me le promets.


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