• Karine

    Un dernier bisou aux collègues qui finissent à 20H ce soir, un dernier mot d'encouragement, pour leur souhaiter bonne chance, un salut poli à la chef, et je quitte enfin la plateforme bruyante. Dans ma tête, je suis encore pleine de « très bien madame... » « je comprends... » « mais si vous pouviez payer moins cher, vous seriez intéressée ? » et ces satanés quotas que j'arrive jamais à atteindre... et ces satanées vieilles dames qui sont sourdes, qui me font répéter 10 fois... qui disent que ça les intéresse pas... grrrrr !!!!  Je descends les escaliers de la plateforme 4 à 4. le sourire me revient à mesure que je m'éloigne du bâtiment... Pour rentrer du travail, il m'a prêté sa voiture de fonction...  
    Elle sent la cigarette, peut être un tout petit peu le joint, mais surtout Lui !!!! je détache mes cheveux, que j'avais noués pour faire un peu plus sérieuse, et un peu plus adulte, pour pas que les femmes des autres services critiquent. J'appuie sur le bouton de l'auto radio... météo ! pffff... m'en fous ! infos... j'veux pas savoir... ! Ben Harper... allez, d'accord. Je monte le son, j'accélère, j'ai besoin de me vider l'esprit...j'ai pas envie de rentrer, et d'avoir l'air boudeuse, encore. . j'ai envie de sourire, j'ai envie d'être belle et vivante, pour lui.  Le jour tombe, déjà, sur la voie rapide.  
    Lorsque j'arrive, enfin, il fait presque nuit... plusieurs manœuvres pour me faire une place entre la camionnette du voisin de droite et le scooter du voisin de gauche. Un coup d'oeil au rétro, oups ! un coup de rimmel, et mes doigts qui essaie de discipliner les mèches rebelles.   Allez, il a du entendre le moteur, déjà, je vais me dépêcher un peu. Je récupère mon sac, ma veste....et me dirige vers notre porte... Ouf ! journée finie !
    Je pousse la porte, le p'tit carillon que je m'étais amusée à accrocher au dessus de la poignée pour me rassurer quand je suis seule cliquette doucement...  
    Je pose mes affaires sur la p'tite commode et... j'entends sa voix... que je reconnais... c'est lui... cet homme... que j'ai déjà vu... chez qui je suis allée... mon ventre se noue... je me souviens... c'était y'a pas si longtemps...  
    Je reste quelques minutes interdite, silencieuse, dans le sas d'entrée... ils ne parlent plus... la porte s'entrouvre... c'est mon Maître...  
    « bonsoir ninette. Tu t'es endormie p'tit chamalo ? » je lui souris... p'tit chamalo c'est comme il m'appelle quand je m'endors alors qu'il faut pas... ça arrive souvent, en fin de journée... quand tout se calme autour de moi, et hop ! j'm'endors entre ses bras.  
    « allez viens. » je le suis... j'ai un peu peur... mais pas trop... la dernière fois, ça s'était pas trop mal passé, malgré ma peur.  
    « tu te souviens de Patrick ? » je connaissais pas son nom... mais oui. Bien sur. Je me souviens. Je fais oui avec la tête, et adresse un sourire distrait à l'homme... j'ai encore, dans le bas du dos, une trace discrète de ma rencontre avec lui, la dernière fois.  
    « ce soir, Patrick nous invite ma toute belle. » je ne sais pas quoi dire... je ne sais pas si j'ai envie ou pas... je jette un regard à mon Maître...  
    « je vais me changer et je suis à vous. » sur le coup, je ne réalise pas ce que je viens de dire... c'était juste pour dire quelque chose... mais lorsque l'homme et mon Maître pouffent de rire en même temps, je réalise, et, à mon tour, je rigole... nos rires détendent l'atmosphère, et je me sens mieux...  
    « tu es très bien comme tu es. Allez, viens, on y va nine. » j'aurais préféré me changer... je porte un jean , un p'tit pull kaki, des baskets souples et.... ô comble de l'horreur ! une culotte en coton clair !  mais c'était juste pour aller au travail, et je ne savais pas qu'on partirait chez cet homme dès mon retour... je jette un coup d'œil vers mon Maître, pour qu'il comprenne, que j'ai un peu honte, mais il fait mine de rien, prend entre ses doigts mon collier, et me pousse doucement vers la porte.  
    L'homme monte à la place passager, mon Maître me fait signe de monter derrière, et me tend mon collier. Je l'enroule autour de mon cou, le noue, et souris aux yeux de mon Maître qui vérifient, juste par acquis de conscience , à travers le petit miroir du rétro.  
    Il enclenche le contact... la pression est en train de monter... j'ai peur... mais moins que la dernière fois... je boucle ma ceinture... la route défile, sombre... leurs voix à tous deux s'élèvent, ils parlent des appartements, des sous-locations, se disputent un petit peu au sujet de quelles familles vont payer, et de quelles familles vont finir par devoir partir... j'entends mon Maître qui défend, qui donne du délai... toujours... c'est mon Zorro !!! mon Robin des Bois !!! je suis si fière, parfois, d'être à lui, quand je l'entends parler, au téléphone... ou ailleurs...  
    J'appuie mon coude sur la vitre, et niche mon menton dans le creux de ma main... leurs voix me rassurent... la peur s'estompe un peu... les silhouettes des arbres se succèdent... on dirait qu'on va vers la campagne... la dernière fois, j'avais les yeux bandés, alors je n'ai rien vu... de toutes façons, je m'en moque... j'ai confiance...
    Enfin, la voiture s'immobilise, dans le gravier, comme la dernière fois... mon cœur se remet à battre un peu trop vite... mon Maître me fait signe de descendre, j'obéis... j'ai les jambes en coton... l'homme nous ouvre... la même pièce... la même angoisse que la dernière fois... je commence à regretter un peu d'être ici... je jette un regard apeuré à mon Maître, qui me sourit, pour me rassurer... je tremble... il fait trop chaud...  
    La deuxième porte s'ouvre, comme la première fois... et... au milieu de la pièce... une femme... nue... je sursaute... j'interroge mon Maître du regard, là, je commence vraiment à être inquiète. Qui est ce Patrick je sais pas quoi ? c'est sa maison ici ? c'est quoi ?  
    La femme est d'une beauté peu commune... elle est à genoux sur le sol... comme si elle nous attendait... elle relève le visage et.... Je réalise que je la connais !!! elle s'appelle Karine. Il y a quelques mois, elle a travaillé deux semaines sur la plateforme, en même temps que moi... à peine à deux postes d'appel du mien... je baisse le visage... je ne veux pas qu'elle me reconnaisse... j'ai tellement honte... mais qu'est ce qu'elle fait là ? mais qu'est ce que Je fais là ?  
    Je me souviens d'un jour.... j'avais fait une bêtise, avec le planning... le coach m'a passé un savon... je me suis excusée... pour rigoler, bien sûr, il a dit «  tu seras fouettée en place publique ! » et il m'a souri. Il est gentil le coach. Mais... je me souviens aussi... de cette petite réflexion... de Karine... elle a juste dit... « ouais ! le rêve ! » ça lui est sorti tout seul... j'ai fait mine de sourire... j'étais mal à l'aise... je me suis demandé... un instant... si.... Mais... non ! deux heures après, dans la salle des archives, pendant le repas, elle parlait de ses deux enfants, avec l'amour d'une mère dans les yeux... son regard pétillait... non. Bien sûr que non.
    Et pourtant... elle est là... nue... à genoux... devant nous... une expression sérieuse qui me fait presque peur sur le visage... c'est cette expression là que j'ai quand mon Maître rentre ???? c'est à elle que je ressemble ? je fais un pas en arrière, mon Maître est derrière moi... je m'appuie contre lui... j'ai besoin de sa chaleur, plus que jamais.  
    L'homme ordonne à Karine de se lever... son corps est si parfait... ses seins si généreux... un instant, je me sens de trop... je suis trop nouvelle... pas assez jolie... pas à la hauteur... j'ai envie de m'en aller... j'y comprends plus rien à tout ça... ça va trop vite... Karine semble ne pas m'avoir reconnue... il faut dire qu'elle n'est pas restée longtemps sur la plateforme, elle est partie d'elle-même, très peu de temps après être arrivée.  
    Derrière elle, une poutre, qui a l'air peu solide... et des liens... je crois bien que c'est là qu'il m'avait attachée, la dernière fois... d'elle-même, elle glisse ses poignets dans les liens, et l'homme les ressert... son corps, étendu dans le vide, presque suspendu... elle est si belle... si parfaite... un regard vers mon Maître... il la regarde... fixement... je donnerai tout à ce moment là pour avoir dix ans de plus, pour être Femme, vraiment, comme elle. Pour avoir ses seins... ses lèvres...ses fesses... cet air de perfection...  
    L'homme prend entre ses doigts une longue tige de bois fin... peut être la même que pour moi, la dernière fois... Karine garde l'air paisible et épanoui qu'elle a sur le visage depuis que nous sommes arrivés. Le premier coup tombe, au milieu de son ventre. J'ai un mouvement de recul, me serre plus fort contre mon Maître. Elle, n'a même pas bronché... elle est restée telle qu'elle... les autres coups, sur ses fesses, ses reins , et ses seins... des zébrures à peine rosées se forment sur sa peau... son visage reste impassible...  
    Je ne peux pas détacher mon regard d'elle... je suis comme envoûtée... l'homme me regarde, je me sens absente... je n'existe pas, dans cette pièce... d'ailleurs, je ne baisse même pas le regard... j'oublie tout... mon Maître entoure ses bras autour de moi... je me laisse aller contre lui... son souffle, dans ma nuque et un chuchotement, contre ma joue... « Déshabille toi ma nine ».  
    Je reste un moment immobile, incapable du moindre geste... l'homme a l'air d'attendre...puis, enfin, je retire mon haut, et libère mes seins... ils sont trop petits... j'ai honte... j'aimerais tellement ressembler davantage à Karine... mon Maître déboutonne mon jean, et le fait glisser le long de mes cuisses... le moment tant redouté arrive... cette culotte... je voudrais disparaître... mais l'homme n'a pas l'air surpris, ni moqueur... et mon Maître me sourit... en la retirant... je suis nue, toujours blottie contre mon Maître... Karine a gardé les yeux baissés, et tout son corps est resté en attente... mon Maître me pousse doucement en avant... je perds sa chaleur, et recommence à trembler... je me sens vide, debout entre eux deux, je commence à perdre le courage qui s'était rassemblé en moi, pendant le trajet, dans la voiture... l'homme me fait signe d'approcher... j'obéis... une fois à sa hauteur, il saisit doucement mes poignets... mon corps est comme soulevé... comme en apesanteur... il noue les liens à la base de mes mains, et me voilà offerte , juste à côté de Karine... nos doigts peuvent se toucher... il me semble même sentir son souffle calme, à côté de moi. Les liens cisaillent un instant la peau de mes poignets, mes pieds touchent à peine le sol... je me force à rester immobile, mais tout mon corps est comme en ébullition... l'homme nous pose à toutes deux une barre d'écartement... la peur accélère ma respiration... Karine, elle, est restée impassible... Mon Maître me regarde... je donnerais tout pour savoir ce qu'il pense... je me concentre sur son visage, pour rester calme... me voilà comme Karine. Pareil. Quelque part, je me sens fière... je ne sais pas pourquoi... je sens ses doigts contre les miens, qui ne bougent pas... la badine s'élève dans les airs, je me contracte, je ferme les yeux... mais le coup n'était pas pour moi... il m'a semblé l'entendre gémir, à peine... plusieurs fois, le sifflement de la badine se fait entendre, chaque fois, la peur me cloue en deux, mais chaque fois, le coup n'est pas pour moi... je regarde mon Maître... il doit lire dans mes yeux ma peur, à chaque fois... Karine gémit à peine... je l'admire... tout d'un coup, ce n'est pas la brûlure de la badine sur ma peau qui fait suite au sifflement, mais les doigts de Karine qui se sont resserrés autour des miens... qui ont serré... fort... à chaque sifflement, maintenant, j'entends son faible gémissement, et ses doigts qui serrent les miens, de toutes ses forces... je sens toute sa force me traverser, à chaque fois... je respire aussi vite que si c'était moi qui recevait la badine... soudain, la régularité des coups s'interrompt... les doigts se desserrent... l'homme nous contourne... je comprends... par réflexe, je m'accroche aux doigts de Karine, qui sont restés dans les miens... elle  serre.. tout doucement... le premier coup tombe sur mes fesses... je ne peux retenir un petit cri... qui brise le quasi-silence de la pièce... mon Maître a l'air déçu... son regard sur moi se fait lourd de reproche... je mord ma lèvre inférieure... un autre coup, plus appuyé, sur le bas de mon dos... je ferme les yeux, je sers les doigts de Karine... pas un son ne sort de mes lèvres... je ne peux pas soutenir le regard de mon Maître, je préfère garder les yeux fermés... me concentrer... pour me faire taire... les coups se suivent, de plus en plus cuisants... les doigts de Karine, qui ne bronche pas, sont moites entre les miens... comme si elle sentait tout... à travers moi... quand les coups cessent, je sens de petites perles rouges sur mon dos... qui coulent tout doucement... en même temps, les larmes que j'ai retenu s'échappent toutes ensemble sur mes joues... lorsque j'ouvre les yeux à nouveau, mon Maître s'est approché, et, du plat de la main, il les essuie.  
    L'homme se rapproche à nouveau, par réflexe, mon corps se contracte... mais... entre ses doigts... ce sont simplement des espèces de petites branches souples... vertes claires... j'interroge mon Maître du regard.. je ne comprends pas... il s'approche de Karine, et promène les feuilles tendres sur sa peau... je la sens se crisper, frémir... je sens son souffle s'accélérer... pourquoi ? l'homme nous contourne à nouveau, et s'approche de moi... je le regarde, je n'ai pas peur... après ce que je viens d'endurer, pourquoi aurais-je peur de la caresse des feuilles ? lorsque la première branche souple atteint ma peau, son contact est agréable.... Mais... très vite... je ne comprends pas... c'est comme si le chemin qu'elle avait suivi sur mon corps envahissait ma peau de picotements... comme de petites brûlures... sans le vouloir, je gigote un peu, la sensation s'amplifie... il promène la deuxième branche sur mon intimité, et entre mes fesses, je gémis, je proteste doucement, je supplie mon Maître, du regard... ça me fait peur, je ne comprends pas... tout d'un coup, la solution m'apparaît comme une évidence : ces petites branches sont des orties... je me contracte plus encore... la sensation semble vouloir s'amplifier de plus en plus... soudainement, les deux hommes tournent les talons, et sortent de la pièce... j'ai envie d'appeler... je murmure « Monsieur ! » mais ma voix est à peine audible... seule Karine a dû l'entendre... je recommence à gigoter, ils ont poussé l'interrupteur et éteint la lumière derrière eux... j'ai mal, je sanglote doucement... tout à coup, les doigts de Karine viennent se mêler aux miens, comme pour me faire taire... je me calme... les picotements deviennent intolérables... mais je reste aussi immobile qu'elle... j'essaie de me calquer sur sa respiration, mais je n'y arrive pas... je respire mal... dans ma gorge, je sens un petit sifflement caractéristique : la crise d'asthme... non ! pas maintenant ! ça n'est pas le moment ! la peur me gagne, pour du bon, il faut absolument que je me calme... Karine a dû s'en rendre compte, car ses doigts serrent les miens, à intervalles réguliers, comme une perfusion de courage... est ce que mon Maître a pris les cachets ? non... sûrement que non... est ce qu'il va revenir ? vite ! j'ai envie d'appeler... les picotements commencent à se calmer, tout doucement... je retiens mes larmes... mon cœur bat trop vite... je respire mal...  
    Enfin, la porte se pousse. Les sanglots trop longtemps retenus sortent... Mon Maître s'approche, il prend mon visage entre ses doigts... le sifflement, il doit bien l'entendre... je murmure « stop... » mais ma voix ne peut en dire plus... je n'ai plus de souffle...  
    A son regard, je vois qu'il comprend... c'est bon... il va me détacher... ça va aller... mais... non... j'entends que l'homme desserre les liens de Karine, qui s'éloigne... mais moi, je reste là... j'essaie de balbutier des mots qui ne viennent pas...  
    Il plonge ses yeux dans les miens.  
    « regarde moi nina. ». je regarde Karine s'éloigner... cette silhouette... si parfaite... ma tête tourne... je perds pied... je m'en vais... il hausse le ton « regarde moi ! »
    Je me perds enfin dans ses yeux... je ne respire plus... « nina, tu es plus forte que ça. Tu le sais. Regarde moi. Respire. Doucement. Ça va aller. Regarde moi petit chamalo. »
    Une bouffée d'air est entrée en moi... sans que je le veuille... je reprends conscience en fixant ses pupilles...  
    « je suis fier de toi. reste avec moi. Reste nina. » l'air est revenu, doucement, au même rythme que ses mots... il a posé une main puissante sur ma poitrine, entre mes seins, et, comme par magie, j'ai recommencé à respirer... de plus en plus doucement... à présent, l'air entre et sort de mes poumons en phase avec la douceur de sa voix...quand il me détache, je me laisse aller contre lui... j'entends qu'il échange quelques mots avec l'homme... patrick... qu'est ce qu'il disent ? je ne sais pas... je ne veux pas savoir... je veux rentrer...  
    Enfin, il m'emmène.. la silhouette de Karine s'obstine à rester dans ma mémoire... lorsque le ronflement de la voiture s'élève, je respire enfin...je jette un regard vers lui... il me sourit...
    Son sourire... la plus belle chose de la journée... il fait nuit noire maintenant... mais dans ma tête il fait clair... mais dans ma tête il fait Lui... mais dans ma tête il fait son sourire... mais dans ma tête j'oublie tout... et, doucement... je pose ma tête sur ma cuisse... et je m'endors... petit chamalo... oui. Et alors ?  

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