• La couleur des Saint Paulia

    Le ciel gronde si fort que mes épaules se contractent à chaque coup de tonnerre, et mes bras resserrent plus fort ma veste autour de moi. C'est un orage sec, le genre d'orage qui menace pendant plus d'une heure avant d'éclater, et duquel les rares premières gouttes ne sont pas composées d'eau, mais de poussière. Le genre d'orage dont l'air a la texture poussiéreuse du vent venu de l'autre côté de la Méditerranée, et qui laisse l'image de minuscules petits ronds clairs sur tout ce qu'il touche, les pare-brises des voitures, les fenêtres, les vitrines des magasins, et même sur moi.

    Lorsque j'arrive sur notre trottoir, un soupir venu de ma poitrine se joint à ce vent malsain et salissant, soupir de déception, mais avant tout soupir d'inquiétude.

    Quatre jours. Quatre longues journées. J'ai beau savoir que ce n'est rien, quatre jours, dans une vie, que ce n'est rien, pour moi, ces quatre jours sont tout, interminables, inqualifiables...

    Et sa voiture qui n'est pas là... Et Lui, qui n'est pas là... Et toujours cette même pensée qui m'obsède: et s'il ne revenait pas? Combien de fois cette pensée m'a prise, faisant se tordre mon cœur dans ma poitrine si fort que j'ai cru qu'il allait exploser, crispant chacun de mes muscles, coupant mon souffle, noyant mes pensées dans un chaos incohérent et terrifiant, m'ôtant toute lumière... combien de fois?

    Dessinant les pires scénarios dans mon esprit :

    L'accident... mes poings se serrent.

    Le non-désir de rentrer, en Lui... le non-désir de moi... mes poings se desserrent, et malgré-moi, la résignation me prend. Comme à chaque fois.

    Je pousse notre porte, tourne la clé dans la serrure, derrière moi.

    Pourvu qu'il n'y ait pas de cinquième jour... Pourvu qu'il n'y ait pas de cinquième souffrance...

     

    Je crève d'envie de l'appeler, juste pour entendre Sa voix, même juste pour une minute... Mais notre portable est dans ma poche, et je n'ai pas les clés de Lui. Il me les a reprises, pour quelques jours, Il me les as reprises, parce qu'il est libre. Et même si notre portable n'était pas dans ma poche, mais dans la Sienne, je n'appellerai pas. Je n'appellerai pas, parce qu'Il est libre. Je souffre, parce qu'Il est libre.

     
     

    Reviens, mon Maître, reviens-moi vite. Peu m'importe d'où tu reviens. Ces quatre jours ne sont pas rien. Ces quatre jours sont tout. Je me sens si seule. Le silence de cette maison m'obsède. Et j'ai beau monter le son de nos chansons, rien ne te remplace.

    Tellement seule, quand tu n'es pas là. Je ne vois même plus les sourires des autres, je ne vois plus la lumière. Reviens-moi.

    Reviens-moi.

     

    Le bruit de ta clé, dans la serrure. Mon cœur qui bondit. Tu as entendu ma prière, alors ? Tu l'as entendue, et tu y as répondu. Il n'y aura pas de cinquième souffrance.

    Je sens d'ailleurs les quatre premières s'envoler de moi, elles n'existent plus, tout mon être n'est déjà plus que joie, et sourire.

    Ma clé t'enferme dehors. Tu agites la tienne. Tu te débats, à présent, n'est-ce pas, contre ta liberté ? Tu te débats, là, dehors, comme l'orage qui s'agite autour de nos murs, et tu essaies de lui échapper.

     

    Mes doigts retirent ma clé, ils tremblent d'impatience, ils tremblent de Toi.

    Ton visage, ta voix, ton sourire, ton odeur, ta chaleur... Elle est où, ma souffrance? Où est-il, celui qui a dit que je souffrais, où est-il, que je puisse lui dire qu'il a eu tord. Qu'il a eu tord.

     
     
     
     
     

    Entre Ses doigts, un petit pot de plastique couleur terre cuite, léger, qui tient dans la main. Et de la terre humide qui l'alourdit, de petites feuilles vert cotonneux, qui s'échappent dans toutes les directions.

     

    Je souris à mon Maître, et je remercie. Je remercie toujours pour les petites Saint Paulia. Et pourtant, Dieu sait comme je les hais. Je les hais, car elles viennent de l'absence de mon Maître. Je les hais, car elles me rappellent ma souffrance, elles me rappellent le manque.

     

    Je détourne les yeux de ce vert si tendre, et si cruel.

     

    "Merci Monsieur. Merci."

     

    Déjà, il s'éloigne. je sens la terre fraîche et humide, entre mes doigts.

    Merci, petite Saint Paulia, de me l'avoir ramené. Ce n'est pas vrai que je vous hais. Vous me le ramenez, toujours. C'est tout ce qui compte.

     

    Accroupie sur le rebord de la fenêtre, je pose la Saint Paulia à côté des autres. Elles sont alignées les unes avec les autres, entre le verre de notre fenêtre, et le fer fin de la petite grille qui les retient de tomber dans le vide. Elles sont alignées, et je n'ose pas les compter, et je tremble.

     

    Elles sont nues, en ce moment, mais il arrive que de petites fleurs mauves, dont la base des pétales est orangée... ou jaune... je ne sais plus... il arrive que de petites fleurs d'une couleur que je ne sais plus s'élèvent en leur cœur, serrées les unes contre les autres, au bout de leurs tiges fines, frêles, fragiles. Deux fois par an. Parfois trois.

     

    La vérité, c'est que je ne sais pas combien il y a de Saint Paulia, sur notre fenêtre, parce que je ne veux pas les compter, que je ne sais pas la couleur des Saint Paulia, que je ne sais pas combien de fois par an celle-ci se transforme... Pas plus que je ne sais quand mon Maître repartira, ni combien de fois, ni combien de temps, ni quand il reviendra, ni à quoi ressemblent les endroits des heures qui me le volent.

    La vérité, c'est que je ne sais Rien, sinon qu'Il est libre.

     

    Les petites bouteilles de gouttes à gouttes que j'ai fixées sur la grille, et qui me servent à arroser les Saint Paulia pour qu'elles ne meurent pas, mais sans avoir besoin de venir les voir trop souvent sont toutes vides.

    Je sens mon corps accroupi trembler devant cette fenêtre ouverte, trembler devant ces volets métalliques mi-clos, trembler dans le petit courant d'air de l'orage qui arrive, trembler devant les gouttes à gouttes vides, trembler devant le peu de place qu'il reste sur l'appui de fenêtre pour mettre d'autres Saint Paulia, si d'autres viennent.

     

    "Pourquoi tu trembles si fort, ma nine?"

     

    Je sursaute, car je n'ai pas entendu mon Maître entrer dans la pièce. Je n'ai pas entendu, parce que mes dents claquaient les unes contre les autres, claquaient de froid, dans ma bouche.

     

    Je murmure "j'ai oublié."

     

    "Tu as oublié quoi, nina ? "

     

    "J'ai oublié de les arroser."

     

    Il me contourne, s'accroupit à côté de moi, et regarde les gouttes à gouttes vides.

     

    "C'est pour ça que tu pleures?"

     

    Son index récupère sur ma joue une larme que je n'avais pas sentie venir, une goutte de chagrin, qui est passée de ma peau à sa peau, devant les gouttes à gouttes vides.

     

    "Oui."

     

    Je sais qu'il ne comprend pas.

     

    Je murmure " Je voulais traiter les Saint Paulia mieux qu'on ne se traite nous-même".

     

    Ses doigts caressent mes cheveux, le plat de sa main qui presse dans mon dos rapproche ma poitrine de la sienne, et le froid s'enfuit de moi.

     

    Mon visage contre son cœur, dont je sens les battements, si lents, si réguliers, comparés aux miens, je m'entends chuchoter :

    "Il y a des gens qui s'en voudraient l'un à l'autre, de ça."

     

    Mon Maître me repousse doucement, et me fixe.

     

    "Oui. Mais pas nous .  "

     

    Je ne sais pas si ses mots sont une question, ou une affirmation. Je ne sais pas.

    Je murmure "Non. Pas nous."

    Il faudra qu'il me fixe longtemps avant que mes yeux ne se relèvent vers les siens, mais dès que je les rejoins, j'y trouve tant que mon visage, contre son cœur, se hâte de confirmer mes mots.

    Et, accroupie devant la fenêtre entrouverte, je l'embrasse, je l'embrasse, et je l'embrasse encore, jusqu'à ce que tout mon être ne soit plus qu'un baiser, ne soit plus que tendresse, tendresse tendue vers Lui. Lui. Lui. Et uniquement Lui.

     
     
     

    Sous le filet d'eau tiède, je remplis les gouttes à gouttes. Lorsque son corps s'appuie contre le mien, et qu'il m'enserre, le filet d'eau quitte le goulot de la bouteille, et vient s'écouler le long de mes avants-bras. je soupire de désir de Lui. je murmure "j'ai envie de Toi."

     

    Dans ma nuque, ses lèvres articulent "Je sais", et je sens son sexe, contre mes fesses, qui durcit aussi vite que mon envie monte dans mon ventre.

     

    Il me soulève, entre ses bras, et mes jambes s'entourent autour de Lui, tout mon corps ne réclame déjà plus que Lui.

     

    Il monte les escaliers, et mes membres se crispent. Les gouttes à gouttes sont toujours entre mes doigts.

    "Moi aussi, nine, j'ai envie de toi. Mais j'aurai plus envie encore lorsque tu auras souffert pour moi."

    je murmure: "j'ai déjà souffert pour Toi."

    Je pense à l'absence. Je pense à l'attente. Je pense à l'inquiétude, qui a tordu mon ventre.

    Mais il n'entend pas.

     
     
     

    Mes fesses et le bas de mes reins sont posés sur le bois dur de la table. Seul contact fixe avec ma peau.

    Les gouttes à gouttes sont posés en désordre de chaque côté de mes hanches, sur le bois.

     

    Mes membres sont écartés, écartelés. Mes jambes, et mes bras. Les liens tirent jusqu'à ce que la douleur me fasse gémir.

    Et lorsque j'ai assez gémi, ils serrent.

     

    Je me débats pendant quelques minutes, je panique, j'essaie de trouver mon équilibre. J'ai l'impression d'être un insecte pris dans la toile d'une araignée, mes gestes, dans mes liens, sont désordonnés, précipités. Et lorsque, au bout de longues minutes, le souffle court,  je comprends enfin que j'ai beau chercher, mon corps n'aura pas droit à cet équilibre qui me fait défaut, je finis par m'immobiliser, enfin. Et je trouve la sensation de sécurité que je cherchais dans la pression de mes liens, autour de mes poignets, et de mes chevilles.

     

    Mon Maître est resté calme, il m'a regardée m'agiter sans me parler, pendant que je me débattais. Il sait bien que je finis toujours par me calmer.

    Et je suis si bien, à présent.

     

    Mon Maître saisit les petits gouttes à gouttes de plastique de chaque côté de mes fesses, et utilise le système de fil de fer que j'y avais moi-même fixé, pour les accrocher à la corde fine de mes liens, au-dessus de moi.

     

    Je ferme les yeux.

     

    J'entends les petites molettes se tourner, à peine.

    Je ne sens rien.

     

    Mon Maître glisse une main entre mes jambes maintenues écartées , et me caresse. Le désir monte instantanément dans tout mon être, je gémis, et me tends vers la caresse. Elle se prolonge, quelques secondes, accélérant mon souffle, trempant les doigts de mon Maître et l'intérieur de mes cuisses de toute cette envie, contenue, et qui a besoin d'être comblée, puis s'estompe, aussi vite qu'elle est venue, et me laisse tremblante de désir entre mes liens.

     
     

    Ses pas s'éloignent. La porte se referme sans bruit.

     
     

    Le bas de mon corps tremble encore, comme s'il cherchait encore ses doigts. Mais, entre mes cuisses écartées, l'humidité qui s'échappe de mon intimité ne trouve qu'un air froid, un air qui n'enlève pas l'envie, mais ne la comble pas non plus.

     

    Lorsque la première gouttelette d'eau encore tiède tombe sur la base de mes lèvres, juste à l'endroit où le plaisir se décuple, tout mon être se tend. La goutte s'enfuit entre mes lèvres, s'écoulant sans hâte le long de leur forme lisse, puis meure à l'entrée de mon intimité.

     

    Une seconde gouttelette tombe sur mon sein, juste au centre de mon sein, suivie presque aussitôt par une autre, sur mon autre sein.

    Puis une autre, à nouveau sur mon intimité.

     

    Et une autre encore...

    Les gouttes s'écoulent avec une lenteur exaspérante le long de mes lèvres intimes, et sur la surface de mes seins, dont les tétons sont si dressés qu'on dirait qu'ils se tendent vers la torture, qu'ils se tendent d'envie...

     

    Chaque gouttelette me paraît plus cruelle, plus insupportable que la précédente. Tout mon corps tremble, j'essaie de me débattre, simplement pour dévier  ne serait-ce que d'un centimètre le point d'impact de ces minuscules gouttes sur ma peau, mais mes liens sont si serrés que je ne peux pas bouger, mon corps reprend sa position initiale en moins de 20 secondes, et les gouttes continuent, inlassablement, impitoyablement, à jouer avec mes nerfs.

     

    Mon corps est si tendu que j'ai l'impression que mes muscles vont se rompre. Chacun de mes membres est envahi de crampes, dont la douleur se promène dans mon corps, lentement, sans possibilité de la faire cesser. J'essaie de me détendre, mais les gouttes font sans cesse renaître l'envie au creux de mon ventre, ce sont presque des chatouillements, et plus le temps passe, plus les réactions de mon corps, et les gémissements de dépit dans ma gorge sont importants.

     

    L'eau est si fluide, le long de mes seins, et au bas de mon ventre. Si fluide, si insaisissable. Comme le nombre de Saint Paulia sur le rebord de la fenêtre, comme la couleur de leurs fleurs, comme les absences de mon Maître.

     

    Le désir me cerne, quand il n'est pas dans mon ventre, il est dans ma poitrine, je ne suis plus que désir, sous ces gouttes d'eau dont pas une ne me semble faire descendre le niveau dans les petites bouteilles, je ne suis plus que désir, et ma tête me tourne, si fort, si fort...

     

    Mon corps se tend, tant de fois, tremblant, se débattant, même si c'est inutile. Comme si la raison qui l'habitait l'avait lâché, comme si je n'étais plus Maître de moi-même.

     

    Les petites bouteilles, au-dessus de moi, enserrées dans mes liens, se troublent, et tournent autour de mon visage. Elles ressemblent à des perfusions.

    Perfusions de cortisone.

    Non.

    Perfusions de Lui.

     

    J'ai envie de mon Maître, tellement envie qu'un sanglot se forme dans ma poitrine, une onde d'envie de Lui me fait m'arquer toute entière, à présent, à chaque gouttelette.

    Mes larmes, sur mes joues, ont pris le rythme lent des gouttes à gouttes, et chaque goutte me tire une larme de plus.

     

    Dehors, le vent s'est enfin calmé, et sur la vitre, derrière moi, j'entends les premières gouttes de pluie de l'orage.

    Gouttelettes dehors, gouttelettes dedans, gouttelettes sur ma peau, gouttelettes sur le rebord de la fenêtre, gouttelettes sur mes joues, gouttelettes sur les feuilles au vert cotonneux des Saint Paulia.

    L'orage se rapproche, il gronde de plus en plus fort. Le tonnerre dissimule le bruit de mon sanglot.

    Et il éclate. Le tonnerre. Et mon sanglot.

     
     

    Le bruit a masqué celui des pas de mon maître, et lorsque j'ouvre les yeux, son visage me sourit. J'essaie d'articuler des mots qui ne veulent rien dire, puis je me tais.

    Ses doigts cajolent mon visage, pendant que les gouttes continuent de me torturer.

    Sa voix est un murmure si doux que mon sanglot se tait.

     

    "Tu sais ce qu'on dit, nine ?"

     

    Je fais non avec la tête.

     

    "On dit que trois secondes qui séparent le bruit du tonnerre de l'éclair équivalent à un kilomètre qui nous sépare réellement de l'orage."

     

    Je soupire doucement.

     

    "Tu le savais ?"

     

    "Non, Monsieur."

     

    Je ne savais pas.

     

    Lorsqu'il défait les fils de fer qui maintenaient les gouttes à gouttes au-dessus de mon corps, je sens mes dernières larmes s'échapper, précipitamment. Ce ne sont plus des larmes de dépit, mais des larmes de soulagement.

     

    Pendant une minute, il me semble sentir encore l'arrivée des gouttelettes sur ma peau, et, régulièrement, mon corps se crispe. Puis, peu à peu, je finis par me détendre, et je souris à mon Maître.

     

    La pièce s'éclaire d'un seul coup. Je sursaute.

    Lorsque la semi-obscurité nous revient, je vois le bras de mon Maître se relever au-dessus de moi, j'entends le martinet souffler doucement dans l'air, et je sens ses lanières retomber sur mon intimité offerte. Les coups, sans interruption, tombent entre mes cuisses.

    Je n'ai pas eu le temps de crier.

     

    Les coups cessent aussitôt que le tonnerre gronde.

     

    "Combien, ma nine ?"

     

     Je secoue doucement la tête, en le fixant, sans comprendre.

     

    "Combien de kilomètres nous séparent de l'orage ?"

     

    La douleur a été si vive, et si soudaine, que je n'ai pas compté les coups.

     

    "Je ne sais pas, Monsieur. "

     

    Il rit. " Je m'en doutais."

     

    Il s'appuie contre le bois de la table, et attend, en caressant mes seins, de sa main libre. Ses caresses sont de plus en plus appuyées, il serre mes seins entre ses doigts, les tire, les tord, y enfonce ses ongles, il joue avec mes tétons, les tournant sur eux-mêmes, et les pinçant entre les ongles de son index et de son pouce. La douleur que ses doigts me procurent me fait un bien fou, elle gomme le brouillard que la torture des gouttes d'eau avait mis dans mon esprit, et je voudrais qu'il puisse me faire plus mal encore, pour me ramener tout à fait à Lui...

    Je crois qu'il attend le prochain éclair.

     

    Lorsque la lumière envahit à nouveau la pièce, ses doigts quittent aussitôt mon sein. je me contracte, et je me concentre. A peine la pénombre revenue, le martinet s'élève à nouveau au-dessus de moi, puis s'abat entre mes cuisses. Entre mes gémissements de douleur, je ferme les yeux, et je compte.

     

    Neuf coups.

    Neuf secondes.

     

    Lorsque j'ouvre à nouveau les yeux, le tonnerre finit de se taire, et mon Maître me regarde, l'air ravi.

     

    Je lui murmure "Trois kilomètres."

     

    Il me sourit.

     

    "C'est bien, ma nine."

     
     

    Jamais un orage ne m'a paru si long.

    L'orage s'est éloigné, lentement, si lentement, et a continué à gronder audiblement tant de fois. Chaque éclair a été le point de départ de ma douleur, de plus en plus appuyée, entre mes cuisses trempées, et de plus en plus longue, à mesure que le nombre de kilomètres nous séparant de l'orage s'accentuait. J'ai compté, à chaque fois. Lorsque le martinet n'a plus été supportable, c'est la main de mon Maître qui l'a remplacé. Combien de fois mon corps s'est arqué, si près de jouir, sous sa main qui s'abattait sur mon sexe, encore et encore ?

    Lorsque l'orage a enfin été assez loin pour que mon Maître ne l'entende plus, j'ai senti les liens se desserrer, autour de mes poignets, et de mes chevilles, et j'ai crié de douleur, en repliant mes membres, restés pendant si longtemps étirés et écartés au maximum de leur possibilité, qu'ils semblaient ne plus vouloir ou ne plus pouvoir se plier.

     
     

    J'ai senti les doigts de mon Maître masser mes articulations, l'une après l'autre, pour leur faire retrouver leur souplesse, et leur mobilité. Je l'ai laissé me manipuler, me "réparer", en observant chacun de ses gestes. Je l'ai regardé soigner ma peau rougie, tamponnant le petit carré de coton contre mon corps tremblant, en claquant doucement sa langue, quand je me plaignais, pour me faire taire, et en embrassant la commissure de mes lèvres, pour me consoler.

    J'ai gémi un petit peu plus fort que la douleur ne me le commandait, simplement pour que cette tendresse et ce soin qu'il mettait à ce que j'aille mieux dure un peu plus longtemps.

     

    Lorsqu'il m'a prise dans ses bras, et a descendu l'escalier, sa chaleur m'a parue si tendre que j'ai pleuré doucement, contre Lui, sans qu'il ne s'en aperçoive.

     

    Sur notre lit, j'ai relevé de moi-même mes avants-bras au-dessus de mon visage, pendant que son sexe entrait en moi, pour que ses doigts puissent serrer mes poignets, serrer aussi fort qu'il le désirait.

     

    J'ai gémi, autant de douleur que de plaisir, sous son corps enfin retrouvé, lorsque son sexe s'est affolé en moi, un peu plus à chaque seconde, pendant que ses lèvres mordaient les miennes, et que ses doigts serraient mes poignets entre eux, ravivant la douleur de mes liens, ne les relâchant que pour gifler mon visage, puis les reprenant, et serrant plus fort encore, et j'ai crié, crié de plaisir, moi qui ne sais que me taire, lorsqu'il s'est enfin immobilisé en moi, et que j'ai senti sa chaleur brûlante inonder l'intérieur de mon ventre.

     

    Mon souffle et le sien se sont calmés tout doucement, l'un contre l'autre, et mon Maître s'est endormi, sans que son corps n'ait quitté le mien. Allongée sous la lourde tiédeur de mon Maître, que je pouvais sentir respirer calmement au-dessus de la mienne, j'ai fermé les yeux, j'ai écouté les dernières gouttes de pluie mourir sur la vitre, j'ai pensé aux Saint Paulia, j'ai pris conscience des restes de douleur qui se diffusaient calmement dans mon corps, je me suis concentrée sur le souffle de mon Maître dans ma nuque, puis, enfin, j'ai dégagé mes poignets de l'étreinte de ses doigts où ils étaient toujours emprisonnés , au-dessus de mon visage, j'ai entouré mes avants-bras autour de Lui, et je me suis endormie, ne pensant plus à autre chose qu'à sa chaleur, autour de la mienne.

     

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