• la malle

    le balai à franges virevolte sur le carrelage, glisse comme s'il dansait.... une couleur brillante s'évade du sol... mes pensées aussi dansent... virevoltent... s'évadent.... je me souviens... le premier jour où il a poussé cette porte.... la maison sentait le vide.... la poussière... l'inexistant.... le premier jour où il m'a laissée seule.... son sourire, sur son visage, quand il est rentré, le soir.... comme tout avait déjà changé... cette première journée seule.... j'ai retiré mes chaussures.... et j'ai posé mes pieds nus sur le carreau... je ne connaissais pas cette sensation.... bien sûr, déjà, j'avais dormi chez des collègues, passé la soirée, passé des journées même mais.... jamais je n'avais essayé la texture du carreau.... ce premier jour, j'ai fait mes premiers pas dans une vie différente.... je m'amusais à traverser la pièce de long en large... large comme le sourire qui naissait de minute en minute sur mon visage.... qui ne s'est pas encore éteint depuis...
     
    aujourd'hui, la pièce et le carreau brillent.... et moi je me souviens.... je me souviens de ces tous premiers « amours »... même pas des amours..... juste des copains.... de notre envie commune de nous amuser.... des gamelles en fer, qu'on trimballait entre nos doigts pour amener le repas du midi aux « vieux » comme on disait.... on attendait qu'il n'y ait pas de voiture, et on quittait le chemin .... les champs résonnaient de nos rires discrets.... on faisait l'amour sans s'aimer.... et c'était bien.... je redisciplinais mes cheveux, avant de reprendre le chemin, faisais taire mon rire, et arrivais devant les vieux avec l'air le plus sage du monde....  l'air de la petite fille qu'ils avaient vu grandir.... et les autres aussi paraissaient irréprochables, quand on apprenait le français, le soir, sous le regard si fier des vieux.... s'ils avaient seulement imaginé....
     
    et puis.... cette fois là.... la première fois... nos deux corps au soleil... je riais, ne prenant rien au sérieux, comme j'en avais pris l'habitude... et.... il a posé « ce » regard sur moi.... j'ai cessé de rire.... et.... j'ai compris que je venais de faire l'amour pour la première fois....
     
    les pensées envahissent mon esprit... je suis immobile au milieu de ce carrelage humide.... je ne savais pas, cette fois là, qu'il serait mon Maître.... je savais juste qu'il était le premier avec qui j'avais fait l'amour.... pour du vrai... pas pour rire...
     
    nos petits jeux, depuis ce jour là, me traversent l'esprit... comme si je les revivais... les efforts que j'ai pu faire, pour être sa soumise.... les déceptions que j'ai dû lui apporter , souvent, par mes rebellions, ou mon incompréhension..... la volonté toujours présente au fond de mon ventre de lui apporter ce bonheur là.... d'être plus cette image là chaque jour.... et.... tout doucement.... le plaisir d'y arriver qui s'installe comme une certitude... le plaisir de le vivre, enfin, qui s'ancre en moi.... parce que c'est Lui.... parce qu'il est comme Ca.... parce qu'il est le premier.... toujours.... et, enfin, l'envie d'aller toujours plus loin, jour après jour....  
     
    je suis restée longtemps absente, à ressasser ces mois passés....il commence à faire froid.... j'ai oublié la fenêtre entr'ouverte derrière moi, pour que le sol sèche....  
    je vais passer un dernier coup sur les marches, et j'ai fini... une par une, je nettoie les marches...  
     
    ce sont... les marches qui mènent à... Notre pièce... je souris, en imaginant tout ce qui s'est déjà passé derrière cette porte... j'ai une terrible envie de l'ouvrir... mais je n'ai pas le droit... il me l'a interdit... j'arrive à la dernière marche... le verrou n'est pas poussé....  
    tout ce qui s'est passé de l'autre côté... à quelques centimètres de ma main... ma main qui se pose sur la poignée.... je n'ai pas le droit.... je me suis juré, juré, de ne jamais lui désobéir.... mais.... la curiosité fait bourdonner mon esprit.... la plupart du temps, un bandeau sur mes yeux, ou simplement la douleur.... me rend aveugle... je ne vois rien.... rien d'autre que lui.... mais aujourd'hui, j'ai l'occasion de tout voir.... j'ai l'occasion de pousser cette porte, et de voir l'envers du décor.... sans être aveugle.... mon ventre se tord d'envie.... mon esprit retient ma main.... mais.... inexorablement, tout doucement, la poignée grince.... descend.... je vais, dans quelques secondes, me retrouver dans les coulisses de notre relation.... dans les coulisses de Son esprit....
     
    un discret rayon de soleil éclaire la pièce.... mes liens, suspendus, semblent me narguer.... j'ai l'impression de voir pour la première fois.... de voir sous un angle différent.... pour une fois, je me moque d'avoir désobéi.... je suis même heureuse de ne pas avoir respecté les ordres.... comme si j'avais trouvé un trésor, je détaille chaque partie de la pièce du regard.... notre cravache est posée sur la malle.... la malle !! c'est de là qu'il sort tous ces instruments qui m'effraient.... me font vibrer.... me rappellent, jour après jour, que je suis à lui.... je suis un automate.... je voudrais faire demi tour, mais je ne peux pas.... la malle m'appelle.... je m'approche... m'accroupis devant la malle... mes gestes sont confus.... presque frénétiquement, je défais la petite fermeture.... la malle s'ouvre.... mon cœur bat la chamade.... je détaille tous ces objets... de petites pinces... un martinet... une badine.... ils ont presque l'air ridicules... ils ont presque l'air de jouets... alors que, quand je suis entre ses mains, ici, ils font de moi tout ce qu'il veut... absolument tout....
     
    « Qu'est ce que tu fais ? »
     
    mon cœur s'est arrêté net.... c'est sa voix, derrière moi.... je ne l'ai même pas entendu rentrer... je me retourne d'un seul coup, le couvercle de la malle qui s'est refermée a claqué bruyamment... la surprise me fait tomber sur le sol, sur mes fesses.... j'essaie de me relever, mais la peur me cloue sur place... son regard me transperce....
    je tremble comme une feuille, et mon cœur bat plus vite que jamais... sa voix se fait plus dure « nina, qu'est ce que tu fais ? » ... une excuse !!!! vite !!!! qu'est ce que je pourrais dire ? mes lèvres s'entrouvrent, pour répondre, mais pas un mot ne s'échappe... le silence se fait lourd.... il faudrait que je baisse les yeux, mais je n'arrive pas à me détacher de son expression déçue... je reste immobile sur le sol, incapable de réagir... pourquoi j'ai fait ça ? pourquoi ?  
     
    son visage se ferme, il me méprise, ça se voit... je m'en veux tellement... je voudrais qu'il me frappe, maintenant, qu'il soit sans pitié, qu'il déverse sa colère sur mon corps.... ce corps qui lui appartient.... mais.... il tourne les talons.... il fait demi tour.... un sanglot se bloque dans ma gorge.... je murmure « monsieur... » mais il fait semblant de ne pas m'entendre.... sans même un dernier regard vers moi, il claque la porte, et tourne la clé dans la serrure....  
    je suis incapable de me relever... je m'étais juré.... juré d'être parfaite.... juré de le rendre fier... juré de combler toutes ses attentes, d'être la soumise dont il rêve.... et... au lieu de ça... je le trahis... je désobéis , dès qu'il a le dos tourné...je suis faible.... pire : je suis une traître.
    le sanglot qui s'était bloqué dans ma gorge quand il m'a laissée explose... en silence... les larmes roulent sur mes joues...
    je ramène mes jambes vers moi, niche mon visage entre mes genoux et laisse aller ma déception... dire que j'attendais tellement son retour....  
    j'ai bien dû pleurer une heure.... à présent, j'ai envie qu'il revienne.... qu'il me punisse.... l'attente est trop longue.... je suis adossée à cette malle.... cette maudite malle !!! celle à cause de laquelle je l'ai déçu !!!! si je n'avais pas peur d'aggraver  mon cas, je mettrais un coup de pied dans cette malle... mais... je sais bien que mon Maître ne supporterait pas qu'en plus d'être désobéissante, je sois colérique... je me relève enfin, et vais m'appuyer contre le mur à l'autre bout de la pièce, le plus loin possible de la malle.... je me moque bien, à présent, de savoir ce qu'il y a dedans.... je me moque bien de l'allure de cette pièce.... je me moque bien de tout ça.... je veux mon Maître, c'est tout... pourquoi il ne revient pas ? qu'est ce qu'il attend ? est ce qu'il est en train de réfléchir à ma punition ? est ce qu'il va me laisser ? rien qu'à cette idée, mon ventre se tord.... non.... non !
    le temps s'égraine trop lentement... la pièce est en train de s'assombrir.... c'est le jour qui tombe.... j'ai froid.... tellement froid.... j'épie chaque bruit... j'entends qu'il mange.... j'entends qu'il va se coucher.... sans moi ! j'ai envie d'appeler.... je n'ose pas... j'ai froid.... la nuit est interminable.... je m'endors, je me réveille, je m'endors à nouveau.... enfin, le jour se lève.... je guette.... rien.... j'entends ses clefs.... la porte.... il est parti travailler.... j'ai faim, à présent.... mais je m'en moque.... de toutes façons, je ne pourrai rien avaler tant qu'il ne m'aura pas dit quelque chose.... juste un mot... qu'il me pardonne.... qu'il me punisse... n'importe quoi mais quelque chose !  
    la journée est interminable... je tourne en rond.... je fais la pièce de long en large.... je ne vois même plus tout ce que j'avais envie de voir.... j'ai peur et..... je suis aveugle, à nouveau...
    enfin, je finis par me calmer, je me blottis contre le mur, et je reste immobile.... j'ai besoin de faire pipi.... mon ventre se tord de faim.... mes mains tremblent de soif.... je m'en moque.... je veux mon Maître....  
    lorsque le soir arrive enfin, et que j'entends sa clé dans la porte d'entrée, mon cœur fait un bond dans ma poitrine.... je me relève, je piétine en silence.... pourvu qu'il vienne.... pourvu qu'il vienne... il prend son temps, je l'entends ranger ses affaires.... je n'en peux plus.... s'il ne pousse pas cette porte maintenant, je vais devenir folle.... pourtant, il ne vient pas.... j'entends son portable qui sonne.... il répond... il parle longtemps.... c'est sûrement pour son travail... je n'entends pas ce qu'il dit , mais sa voix est calme... ça me rassure un peu... je me calme doucement.... je me laisse bercer par sa voix.... je n'ai pas entendu qu'il avait arrêté de parler, et, lorsque la porte s'ouvre, je sursaute... je reste quelques secondes immobile, debout devant lui, de surprise...  
    puis m'agenoue précipitamment sur le sol, et baisse les yeux.... je sens son regard sur moi, qui m'observe.... je me force à ne pas trembler... à rester digne sous son regard ... il s'approche de moi.... mon cœur s'affole....  
    « déshabille toi. »
    maladroitement, je retire mes vêtements, sans oser lever les yeux  vers lui.... je sens sa colère perler , palpable... c'est à peine si je me souviens pourquoi il va me punir maintenant... j'ai trop peur pour penser....  
    « va t'appuyer sur la table. » je me dirige vers la petite table dans le coin de la pièce. je ne sais pas si c'est la faim ou la peur qui fait tourner ma tête aussi vite.... je ne vois plus devant moi.... je ne vois plus rien.... je m'appuie le ventre et les seins contre le bois de la table.... il noue mes chevilles, écartées l'une de l'autre, aux pieds de la table. je lui tends mes poignets, mais il ne les saisit pas. alors, je choisis de replier mes bras sous mon corps, pour être sure de rester immobile...
    je l'entends ouvrir la malle.... Maudite malle !!!! je m'en veux tellement... fouiller calmement dedans.... comme s'il prenait son temps pour choisir comment il va me punir.... la tension monte.... mon ventre se serre de peur....  
    enfin, il s'approche à nouveau de moi.... il pose une main puissante sur mes reins, comme pour s'assurer que je ne bougerai pas.... bien sur que non, que je ne bougerai pas !!!!  
     
    « je ne veux pas t'entendre, sinon.... »  
     
    il sait bien qu'il n'a pas besoin de finir sa phrase... il a assez d'emprise sur moi pour que de simples menaces me figent d'angoisse.... le premier coup tombe, au milieu de mes fesses.... je reconnais le martinet... j'étouffe mon gémissement dans ma gorge .... il prend tout son temps.... il espace les coups.... je serre les poings, je contracte tous mes muscles.... il s'amuse parfois à faire siffler le martinet, sans me toucher.... mais je frémis tellement que c'est comme si le coup était tombé.... j'oublie de respirer....  
     
    « tends toi »  
     
    je réalise que je me suis repliée sur moi même.... je monopolise toute ma volonté pour offrir à nouveau mes fesses à la morsure du martinet.... les coups tombent à nouveau.... moins appuyés.... plus réguliers....  
    enfin, la douleur cesse.... je suis fière d'avoir réussi à rester quasiment silencieuse.... il passe une main dans mes cheveux.... la pression accumulée s'enfuit tout doucement de mon corps....
    j'entends qu'il retourne vers la malle.... je m'en moque... la caresse que j'ai reçue signifie que je suis pardonnée.... d'ailleurs, je tends ma croupe vers la morsure à venir, je me sens gonflée de courage....  
    sur ma peau déjà rougie, la badine vient terminer de dessiner de fines morsures parallèles sur toute la surface de ma croupe.... n'épargnant aucun cm².... les derniers coups, administrés avec plus de force, sur le haut de mes cuisses, m'arrachent de petits gémissements que j'essaie avec peine de retenir.... je danse d'un pied sur l'autre, avec la faible possibilité de mouvement que mes liens me laissent, pour essayer de calmer le feu de la douleur....
     
    « tu peux crier maintenant nina. »
     
     les derniers coups de badine cinglent l'intérieur de mes cuisses, n'épargnant pas mon intimité.... chaque fois que la badine lèche mon intimité, je pousse un petit cri aigu.... et chaque fois, je sens un feu grandir dans mon ventre.... à présent, la douleur, de plus en plus précise, fait grandir en moi le plaisir.... je ne peux plus penser.... c'est terminé.... comme d'habitude, il a gagné, et je suis brûlante de désir sous sa puissance.... dans l'attente de la moindre caresse.... il se concentre à présent sur mon intimité, frappant de plus en plus fort, de plus en plus vite.... j'ai l'impression que je vais m'ouvrir en deux, tant la douleur est cuisante.... un long gémissement s'échappe de ma gorge, et la douleur cesse...
     
    lorsque, enfin, il s'enfonce brutalement en moi, je sens les blessures provoquées par la badine sur mes lèvres s'ouvrir et saigner....  la douleur se décuple, et ses va et viens se font  de plus en plus rapides dans mon ventre, et de plus en plus profonds, entraînant tout mon corps dans Sa danse.  
    toutes mes pensées se brouillent lorsqu'il s'immobilise en moi, et qu'une vague de plaisir vient aveugler mon corps et mon esprit, comme un électrochoc.... je ne me souviens que d'une seule chose :  je ne suis pas en train de jouer, je fais l'amour, et ce sera toujours le cas tant que je resterai Sienne.




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