• Lorsqu'il glisse ses doigts autour de ma nuque, et ressert son étreinte à la base de mes épaules nues, imposant à mon être de se recourber devant Lui, je n'oppose aucune résistance.

    Je sens mes genoux toucher le sol, je sens mes poignets se rejoindre, sous la pression des liens qui se serrent autour d'eux, comme en signe de prière, prière au Dieu que je me suis choisi.

    Je ne pensais pas être ici, dans cette pièce, ce soir. Les liens se serrent habituellement autour de mes membres en suivant une logique qui m'est presque coutumière. Ils sanctionnent une erreur, ou punissent un comportement qui a déplu à mon Maître. Mais ce soir, j'ai beau réfléchir, je ne sais pas pourquoi je suis ici.

    Mes poignets réunis vont rejoindre le sol, et je sens la corde souple entourer ma gorge, et contraindre mon visage à venir se reposer sur mes doigts, à quelques centimètres de l'anneau de fer blanc qui m'a pris ma liberté de mouvement. Une claque légère sur mon ventre, du bout de Sa cravache, et me voilà offerte, cambrée, vaincue devant Lui.

    Je ferme un instant les yeux de désir lorsque ses doigts passent sur mes fesses, mais le geste est si rapide, et si léger, que je me demande si je n'ai pas imaginé la caresse.

    Lorsque je sens ses doigts venir récupérer le fruit de mon désir entre mes lèvres, et l'utiliser pour ouvrir la voie de Son plaisir la plus étroite, là, par contre, je suis sûre que je n'imagine pas, et j'en ai pour preuve le gémissement de douleur qui s'échappe de ma gorge.

    Très vite, c'est l'un de nos jouets qui remplace ses doigts.

    Je ne sais pas pourquoi, mais mon Maître est brutal et impatient, et je ne peux empêcher un petit cri de douleur de s'élever dans la pièce, ni un mouvement pour tenter de lui échapper ( tentative vaine, puisque les liens sont ses complices ) de crisper tout mon corps. Deux claques sonores et presque simultanées sur ma fesse résonnent dans la pièce, sanctionnant immédiatement mon geste. Je murmure " pardon Monsieur. "

    J'attends le mot venant de Lui , ou la caresse, même furtive, qui maintiennent mon courage intact, car ils signifient " je t'aime quand même " . Mais rien ne vient, alors je glisse mon visage entre mes doigts, et je ferme les yeux, entrant en moi-même pour y trouver le courage nécessaire.

    Notre jouet se moquera bien de mes larmes, et c'est brutalement qu'il entrera en moi.

    Je m'en moque. Je m'en moque complètement.

    Ça n'est pas lui qui me fait le plus mal. Ce qui me fait le plus de mal, c'est de ne pas arriver à trouver l'erreur que j'ai pu commettre pour que mon Maître me bâcle, comme ça. Comme si ses gestes étaient plus brutaux, moins mesurés que d'habitude. Comme s'il n'avait pas envie. Comme s'il se débarrassait d'une corvée.

    Je serre les poings. Non. Non, ça, c'est impossible.

    Je ravale le sanglot qui bloque ma respiration, et utilise l'énergie que la douleur que je viens d'éprouver a bien voulu me laisser pour demander:

    " Monsieur, qu'est ce que j'ai fait de mal ? "

    Je croise Son regard, et y trouve .... de l'agacement. J'en reviens à peine.

    " Rien nina. "

    Deux mots.

    Secs.

    Vides.

    Rien nina.

    Si je n'ai rien fait, qu'est ce que je fais là ? L'affolement dans mes yeux doit trahir l'importance du trouble qui m'envahit, car mon Maître s'accroupit à ma hauteur, et murmure :

    " Depuis quand j'ai besoin d'une raison pour te rappeler que tu es à moi ? Quand je veux. Tout le temps. "

    Je ferme les yeux, pour ne plus voir les siens, car j'y trouve encore l' agacement que j'y ai décelé. S'il n'y avait que les mots, je serais heureuse. Mais cet air ... qu'est ce qui se passe ?  Je ne comprends rien.

    Je murmure :

    "Je le sais déjà, Monsieur. "

    Ma voix est à peine audible. D'ailleurs, Il n'entend pas.

    "Quoi ?"

     

    "Rien. Merci Monsieur."

     

    Mon Maître s'éloigne, éteint la lumière, et claque la porte.

    Ses gestes sont pressés.

    Mon cœur aussi l'est. Pressé. Comme un citron.

    Je serre les poings à m'en briser les os.

     
     
     

    Combien de temps passé seule dans le noir ? Assez pour que les courbatures s'imposent dans tous mes muscles. Assez pour que mon corps accepte assez bien le jouet qui le torture de l'intérieur pour en arriver à presque l'oublier.

    Pas assez pour oublier l'attitude de mon Maître.

    D'autant que sa justification est imminente.

     
     
     

    Tout mon corps se tend, lorsque j'entends le bruit familier de mon petit carillon, sur la porte d'entrée. Un instant, je panique. La première idée qui me vient en tête est: Et si c'était Patrick ? Ça expliquerait la dureté de mon Maître, ce soir. Mon corps se met à trembler, je murmure "non ..... Non."

    Je ne veux plus être "prêtée". Je ne veux plus, et Il le sait.

    Je ne peux pas m'empêcher de tirer sur mes liens, pour essayer de les faire lâcher. La peur a raison de ma soumission, la peur a raison de ma volonté, la peur a raison de Tout.

    De tout ? Sauf des liens. Car ils ne lâchent pas.

    Lorsque, consciente que mes gestes ne servent à rien, je me force à me calmer, j'entends les voix en bas. Des rires. Les pleurs d'un bébé. Je m'immobilise complètement. Mon Maître rit aussi.

    Je n'ose plus faire un geste, de peur d'être entendue.

    Il faudra de longues minutes, pour que je comprenne. Certaines minutes sont plus longues que d'autres.

    C'est Sa famille, qui est chez nous.

    .... Chez nous ? Non. Chez Lui. Moi, je n'ai pas de chez moi. Moi, je ne suis plus à ma place. Moi, je donnerais tout pour partir. Maintenant.

     

    C'est pour ça que les liens sont autour de mon corps, alors que je n'ai rien fait de mal.

    C'est .... pour se débarrasser de moi. 

     

    Il est où, le Rêve ?

    Les larmes me viennent aux yeux. Si mon Maître utilise ma soumission pour me mettre dans un coin quand je le dérange , il est où le rêve?

     

    Tout ce qui me tient Debout depuis que je rêve éveillée est en train de s'écrouler en moi.

    Ma soumission me fait horreur, ce soir.

    Il n'y a rien de beau en elle, à cet instant précis.

    Jamais le jeu n'a été si dur. Jamais il ne m'a faite souffrir comme ce soir.

     

    Le bébé a cessé de pleurer, il rit à présent. Eux aussi rient. J'écoute leurs rires, entends leurs mots sans les comprendre.

    Une drôle de sensation me prend au ventre. C'est ..... c'est comme à Noël. Quand toutes les rues, et les vitrines des magasins sont illuminées, quand les chansons de Noël passent à la radio. Les illuminations me mettent cette drôle de sensation là au ventre. Je crois que c'est ça qu'on appelle le vide. Oui. Le Vide.

     
     
     

    Lorsque le carillon retentit à nouveau, et que j'entends Ses pas dans l'escalier, le vide ne m'a pas lâchée. Il masque même les courbatures. Il masque même la douleur imposée par les liens, ou par le plug , dans mon ventre.

    La lumière m'éblouit, je cligne des yeux, les protège avec mon avant-bras, tandis qu'il me détache. Je gémis malgré moi dans mon corps si longtemps maintenu immobile , et m'écroule sur le sol, dès que la pression des liens se relâche, à Ses pieds.

    Lorsque je relève les yeux vers Lui, un grand sourire se dessine sur son visage.

    Je cherche l'agacement, sur ses traits. Il n'y est pas. Je pense qu'il est Beau. Je pense que je L'aime.

     

    Je ne dis pas un mot. Tant de sentiments en moi, ces dernières heures, mais pas un mot.

    Pas un geste pour lui échapper, non plus, lorsque Son sexe remplace le plug en moi.

     
     

    Lorsqu'il m'embrasse, me sourit, et s'éloigne, il pose un regard joyeux, inconscient de ce que j'ai ressenti, sur moi. Je lui rends son sourire. Est-ce que c'est bien moi qui souris? je ne sais plus.

    Dès qu'il a passé la porte, à peine le premier grincement de son pas sur l'escalier, je pleure comme je ne me souviens pas d'avoir déjà pleuré.

     
     
     

    Le chauffe-eau se déclenche régulièrement à côté de moi. Raphaël, dans la douche, chante "suavemente", et je sais qu'il est en train de sourire....

    Il est en train de sourire, parce qu'il a envie que je le rejoigne sous la douche. Il est en train de sourire, parce qu'il est heureux.

    Il chante assez fort pour que sa voix passe au travers de la cloison du mur, et arrive jusqu'à moi....

     
    "Cuando tu me besas
    me siento en el aire
    por eso cuando te veo
    comienzo a besarte.
    Y si te despegas yo me despierto
    de ese rico sueño que me dan tus besos."
     

    Je jette un regard vers l'escalier .... c'était il y a moins d'une demi-heure, le vide.

     

    Je ne peux pas m'en empêcher. Je prends ma veste au passage, et claque la porte derrière moi.

    Il fait nuit, le froid me saisit.

    Colère. Révolte. Chagrin. Je ne sais plus ...

    Comment la soumission, mon alliée si précieuse depuis des mois, peut me faire si mal ?

    Pourquoi, comment, a t'elle pu être utilisée pour me mettre dans un coin ? Il aurait suffi qu'il me dise d'aller passer la soirée chez une amie du travail, j'aurais "disparu", quelques heures, le temps qu'il déguste sa première vie .... mais pourquoi avoir utilisé la soumission pour ne pas que je dérange ?

    Qu'est ce qui me tiendra debout, si ma soumission n'est plus belle ? Si des moments comme ce soir arrivent encore, qu'est ce qui me tiendra ?

     

    On m'a dit, une fois, que l'on est toujours seul. Même quand on est deux, même quand on est plus, au fond, on est seul. C'était vrai.

    C'est comme ça que je me sens. Seule. Vide.

     

    Dans le noir, alors que je marche trop vite, que je fuis pour aller je ne sais même pas où, quelque chose de vert et de lumineux attire mon attention. Je relève les yeux, et, au travers de mes larmes, je vois, floue, la croix de la pharmacie, sur laquelle clignote " 29-09-2007  /   00H47  /  + 6 ° C ".

     

    La semaine dernière, les miens m'ont demandé:

    " Mais tu dis rien, nina . Tu vas bien ? A quoi elle ressemble, ta vie, en ce moment ?"

    J'ai répondu :

    " Elle est cool. Je me débrouille. Vous inquiétez pas. "

    J'étais honnête.

     

    S'ils me le redemandaient maintenant, je dirai:

    " 29-09-2007   /   00H47    /   + 6 ° C "  

    Voilà. C'est à ça qu'elle ressemble. C'est tout.

    A ça.

     
     

    Je ne sais pas combien de temps je me suis éloigné. Combien de temps j'ai Fui. J'ai probablement tourné un petit peu en rond, dans les rues étroites.

    Toujours est-il qu'au moment où le froid a enfin eu raison de moi, et où je me suis immobilisée, resserrant plus fort ma veste autour de moi, j'étais devant Cette porte.

     

    J'ai souri, en réalisant qu'elle n'était toujours pas réparée, et qu'il suffisait de la soulever légèrement pour que la tige de fer la maintenant fermée saute.

    J'ai souri aussi, en voyant que, comme je m'en doutais, il n'y avait personne à l'intérieur. Personne d'autre que nous n'est passé là, après nous.

    Un instant, j'ai laissé courir mon regard autour de moi.

     

    L'unique pièce, éclairée par la lumière jaune du lampadaire juste au dessus de la fenêtre, avec ses matelas contre le mur, avec nos posters sur le plafond, avec les magazines de cul de nos  gars sur le sol, avec les jouets colorés des petits oubliés en désordre sous l'évier, a mis cette phrase dans ma tête: " comment on a pu vivre ici? "

    Mais la réponse, aussi rapide qu'évidente, a vite chassé cette question. Contrairement aux autres, qui paniquent lorsqu'ils sont mal, nous Savions que rien n'est immobile, nous savions que, comme à chaque fois, on arriverait bien à repartir, à un moment ou à un autre.

     
     
     

    Comme si c'était hier que je faisais ce geste, je me dirige à pas rapides vers la petite échelle métallique, elle bouge sous mon poids, mais je n'ai pas peur. Elle tiendra. Elle a toujours tenu.

     

    Je pousse la petite trappe, et, comme avant, je me hisse sur le toit.

     

    Au moment où je me retourne, il me semble voir encore derrière moi, comme en noir et blanc, comme au ralenti, leurs silhouettes assises en tailleur en demi arc de cercle sur le béton plat du toit, avec leurs rêves, leurs espoirs, en somme...... leurs guitares . Leurs guitares reposées au creux de leur coudes.

     

    Ils sont surpris que je veuille , malgré le froid, rester plus tard qu'eux sur ce toit. Ils ne savent pas.

     

    A moitié dedans , à moitié dehors, le sourire de l'un d'eux.... que je couve du regard.

     

    "é nina? tu toques , hein, quand tu veux rentrer? on a trop froid, nous, on ferme."

     

    "é nina? quand le son des Santiagos il passera sur toutes les radios, on fera réparer la trappe, pas vrai?"

    "oui Luis. J'en doute pas une seconde. Pas une seconde."

     

    "Nina? .....

     

    ..... on t'aime, tu l'sais, hein ? "

     

    Ce sourire..... comme si, parce qu'ils faisaient que des conneries, j'allais cesser de les aimer....

     

    " oui Luis. Je l'sais. Bien sûr que je le sais. moi aussi, je vous aime.

    On fera réparer la trappe."

     

    Un grand sourire , dans la nuit.... "T'es trop belle, toi, t'es not' princesse."

    et une trappe qui claque.

     

    Ma main qui passe sur les fines mèches de mes cheveux, qui repoussent à peine de mon crâne presque rasé.

    Un coup d'œil à ma montre.

     

    C'est presque l'heure où Raphaël va passer.

     

    Mes jambes dans le vide, au bord du toit, mes fesses sur le béton glacé. Ma petite casquette de jean clair vissée sur ma tête, pour avoir l'air plus dure et..... parce que j'ai honte, pour mes cheveux.

    Une cigarette, que je ne fumerai pas, entre mon index et mon majeur, pour avoir l'air plus adulte.

    Et mon regard, qui fixe l'angle de la rue. Bientôt...... Bientôt.....

     

    Enfin ! Sa silhouette !

     

    Je le fixe..... S'il lève la tête vers ici..... S'il lève la tête vers moi..... alors, c'est que j'Existe.

    Il la lève, j'ai envie de sourire, j'ai envie de remercier la terre entière..... mais je joue l'indifférente.

    Deux doigts, aux commissures de ses lèvres. Et un sifflement , dans la nuit. Je fais mine de le remarquer juste à ce moment là, je fais mine de ne pas être là parce que je meurs d'envie de le voir, et je lui souris.

     

    " Salut Gamine ! tu vas te transformer en gargouille, si tu restes à traîner sur ton toit ! "

     

    il rit, et son rire remplit mon cœur de joie de vivre....

     

    "T'as pas froid ?"

     

    "Non." Je fais non avec la tête. La cigarette tremble entre mes doigts. Je meurs de froid.

     

    Un silence..... je ne sais pas quoi lui dire.... j'ai juste envie qu'il le dise..... S'il te plaît..... dis le..... dis le.

     

    "Tu viens ?"

     

    Un sourire me remplit des pieds à la tête.

    Fin du Vide.

    Je le suis, jusqu'à chez lui, et je suis bien. Bien, simplement avec lui.

     
     

    Fin du noir et blanc..... Fin du ralenti.

     

    J'ouvre à nouveau les yeux, et, sur le bord du toit, je replie mes jambes contre moi. Un sanglot secoue ma poitrine. Merde...... Merde.

     
     

    Alors, parce que c'est Impossible que ce toit, où j'ai passé des heures à l'attendre, me serve aujourd'hui à le fuire, je ramasse une petite pierre qui est à côté de moi, et la jette dans le vide. Je l'écoute ricocher sur le béton du trottoir. Avec elle, je jette les heures de la "séance" de ce soir. Elles n'ont pas existé. Elles n'ont pas existé, parce que je ne veux pas qu'elles aient existé. Je me lève, je passe la trappe, je trébuche sur l'échelle métallique, je passe à côté des jouets, et des matelas, je referme la porte derrière moi, et je cours...... je passe devant la croix lumineuse de la pharmacie, et je cours plus vite encore, à en perdre le souffle.

     

    Je cours vers mon Maître, je cours vers ses bras, je cours vers sa voix qui chante "suavemente" parce qu'il a envie de me faire l'amour, je cours vers mes liens, que je reprendrai, dans lesquels je remettrai le Rêve, de grès ou de force, desquels j'effacerai les sentiments qui m'ont pris l'espoir ce soir.... je cours vers mon Maître.

     

    Lorsque je passe la porte, il me dit qu'il s'est inquiété.

    Je suis contente qu'il se soit inquiété.

     

    Je cherche dans ses yeux l'agacement. Je cherche dans ses yeux un signe qui pourrait me faire penser que je n'aurais pas du courir. Il n'y en a pas.

     

    Il me dit qu'il va me punir, de l'avoir fait s'inquiéter, et je suis heureuse.

    Il prend son temps, il m'allonge sur ses genoux, je sens sa main danser sur mes fesses, durement, et je remercie à chaque coup. Je remercie , comme il y a longtemps que je n'ai pas remercié. Pas parce que c'est une règle qu'il a imposé à sa soumise, mais parce que je le pense tellement fort que tout mon corps n'est que remerciement, à chaque coup. De plus en plus.

     

    Merci Monsieur.

    Merci.

    Merci.

     

    Mes fesses tremblent de douleur, elles me paraissent brûlantes, à mon dernier Merci. C'est pourtant en lui que je mets le plus de foi.

     

    J'embrasse le creux de son coude, lorsqu'il me relâche. Je viens juste de comprendre pourquoi c'est Toujours cet endroit là de lui que j'ai envie d'embrasser en premier. C'est à cause des guitares. C'est à cause de l'espoir.

     

    Je serre mes bras autour de Lui, et je l'embrasse.

     

    Lorsqu'il me soulève, comme un souffle, les mots s'échappent de moi "fais moi l'amour. Je t'en supplie, fais moi l'amour...."

     

    Mon corps nu s'arque sous Lui, mes yeux sont fermés, et mes lèvres entrouvertes. J'ai l'impression que jamais l'onde qui me traverse ne s'arrêtera, j'ai l'impression que je ne serai toujours que Jouissance, dans ses bras.

     

    Lorsque, enfin, nos corps se relâchent, l'un contre l'autre, je pose une main sur mon ventre, et réalise que le vide n'y est plus.

    Je serre les poings un instant, et supplie pour qu'il n'y revienne jamais. Je ne sais pas qui je supplie, mais je supplie.

     

    Mon Maître est presque endormi. Il a l'air heureux. Dans son demi-sommeil, un sourire se dessine sur son visage.

    Je murmure " Je t'aime tellement, Raphaël."

     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     

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  • "ça y est.... trois semaines en dessous du quota.... je vais me faire virer."

     

    je serre les poings, discrètement, pour qu'elle ne voit pas que ses mots me font du mal.

     

    "on trouvera autre chose, Lulu. on trouve toujours autre chose. "

     

    Lucie me jette un regard de reproche, que je n'arrive pas à soutenir.

     

    "on ? pourquoi "on" ? tu n'es pas licenciable, toi. "

     

    j'ai l'impression que, dans ses yeux, et dans sa voix, il y a une petite pointe de haine, qu'elle n'arrive pas à retenir. je me sens plus que mal....

     

    "d'ailleurs..... même si tu l'étais...... ils te vireraient pas. t'es la chouchou. comme d'hab. partout où on va, t'es Toujours la chouchou.... "

     

    je fuis son regard, plongeant le mien au fond de mon sac, à la recherche d'un objet imaginaire..... je ne cherche rien, dans mon sac. Je fuis simplement l'incompréhension de mon amie, en attendant qu'elle passe.

     

    Si je pouvais lui expliquer, ce qu'il y a dans ma tête, ce serait certainement plus simple. mais je ne peux pas. elle ne comprendrait pas.

     

    elle ne comprendrait pas cette sourde reconnaissance qui me tient au ventre, envers les patrons successifs qui nous ont embauchées, toutes les deux, jusqu'à aujourd'hui. cette incapacité totale à les haïr, alors que les autres personnes que j'ai croisées les haïssent toutes.

    Sourde reconnaissance due à la certitude qui m'a retournée si longtemps le ventre que je ne serai Jamais acceptée, nulle part. Certitude nourrie et entretenue par les miens, qui s'y lovaient comme dans une douce couverture d'amertume..... une douce couverture qui se resserre autour de nos corps, encore et encore, toujours plus fort...... jusqu'à nous étouffer.... et qui fait nos vieux plus courbés, et plus amers que la normale..... amertume de l'isolement, et de l'étouffement de toute une vie, depuis des générations et des générations.....

    Certitude rabâchée et répétée comme un martèlement infernal dans nos têtes, qui nous suit, quelque soit la route que l'on prenne: "ils ne t'aimeront jamais. ils ne t'accepteront jamais. ils te mépriseront, comme ils nous ont toujours méprisés."

     

    Alors..... non, Lucie, je ne peux pas haïr nos patrons. ils me donnent trop l'illusion d'être acceptée dans Ton monde..... ils me donnent trop l'impression d'être comme tous les tiens..... ils me rassurent et me réconfortent trop..... puisque, dans ma tête, ils représentent les "piliers" de ton monde, et que ces piliers là ne me rejettent pas.

    je me sens chaton à l'abri entre les pattes des loups, au milieu des tiens, Lucie. Et qu'il y fait chaud, dans Ta meute. qu'il y fait "en sécurité"...... tu ne peux pas savoir.

    alors...... un coup de griffe serait si vite arrivé. et moi je ne veux pas prendre le risque de me sentir repoussée d'entre les pattes des tiens.

    Soulagement. Comme un réveil, après un cauchemar. Sourde reconnaissance. oui. c'est tout ce que je peux ressentir pour eux.

    Pardonne moi Lucie.

     

    mais, déjà, la haine semble passée, et Lulu me sourit.

     

     " on rentre à pieds? comme ça, ça prend plus longtemps. j'ai pas envie de rester seule....."

     

    ouf..... elle me parle, et sa voix me réchauffe le cœur.....

     "OK Lulu, on rentre à pieds."

     

    Le long de la zone, Lucie laisse courir son doigt tout le long de la grille, produisant, du bout des ongles, un bruit métallique qui résonne autour de nous.

     

    "j'ai pas envie de chercher autre chose."

     

    je relève les yeux vers elle.... Je voudrais pouvoir lui dire quelque chose, mais les mots me manquent..... il y a des moments où l'on est tellement démunis de mots....

     

    "je t'aiderai. je te ferai des lettres de motivation qui tuent tout, et puis on s'inventera des "expériences professionnelles", comme ils disent à l'ANPE, des bien, tu vois, on trouvera bien des idées, va."

     

    Lucie ne me répond pas..... peut-être que la haine est revenue? je m'en veux tellement....

     

    "tu sais Lulu, si tu veux, on peut arrêter de traîner ensemble sur les même boulots, j'ai pas envie, moi, de te faire du mal, en étant la "chouchou".

     

    Le doigt de Lulu arrive au bout de la grille, et le bruit métallique se tait d'un seul coup, au passage de ses ongles sur le dernier barreau..... le silence soudain m'oppresse.

     

    "excuse moi Lucie."

     

    Je me sens à nouveau chatte au milieu des louves, une fois encore, à vouloir bien faire, je suis à côté de la plaque, et je me loupe..... le remord me donne l'impression de plomber mes pieds sur le sol....

    Mais Lulu me sourit, et me bouscule doucement, d'un coup de coude dans le bras.

     

    "sois pas conne ninette, t'excuse pas comme ça. pis d'abord, si t'étais pas là, c'est qui qui me rattraperait le coup avec les chefs, quand j'peux pas m'empêcher de les insulter, hein? c'est qui qui m'inventerait des "problèmes personnels", pour arrondir les angles quand j'fais mon caractère de pétasse? "

     

    Lucie se penche furtivement, et dépose un baiser sur ma joue.... "t'es mon "arrondisseuse d'angle" à moi, toi. t'inquiète nina."

     

    la chaleur revient doucement dans ma poitrine, et la légèreté m'est à nouveau accordée.

     
     

    "non, ce qui est con, surtout, c'est que personne réembauchera une fille avec des cheveux roses, hein? "

     

    là, son regard sur moi se fait presque rieur, et je comprends.....

    Elle veut sa teinture , ma petite Lulu, sa super teinture "chocolat mèches caramel", avec une pub jaune fluo en forme d'étoile, sur la boîte, qui dit à qui veut l'entendre " à croquer "..... sa teinture qui attend chez moi depuis des semaines.....

     

    une moue faussement boudeuse envahit son visage " tu m'avais promis...."

     

    "je sais..... mais....

     

    (....mais tu sais, Lulu, j'ai passé mes soirées de solitude à angoisser toute seule dans le noir, à angoisser à en perdre le souffle, à en perdre la raison.....et..... j'ai oublié ta teinture. )

     

    ..... j'ai manqué de temps."

     

    elle me sourit..... " ce soir ? pour me consoler que je vais être virée ?"

     

    Lulu joint ses deux mains l'une à l'autre, et imite le gémissement d'un chiot, en fixant un petit regard suppliant dans le mien.

    A peine la pensée qui aurait pu me traverser l'esprit évadée, je rie de bon cœur "ok, ce soir."

     
     

    la teinture masquera sûrement très vite le sentiment de culpabilité qu'a fait naître en moi mon "chouchoutisme".

     
     
     
     

    Lorsque je glisse ma clé dans la serrure, je suis surprise qu'elle ne tourne pas. C'est que la clef de mon Maître est à l'intérieur, de l'autre côté..... il n'était pas censé être là, ce soir, et je regrette un peu, à présent, d'avoir dit à Lucie de passer pour sa teinture.

    Lorsque mon Maître ouvre la porte, et me sourit, je n'ai qu'une envie: me laisser glisser à ses pieds, comme je le fais souvent, lorsque je le retrouve.....

    mais ce soir, la présence de Lucie m'impose de rester debout, et cette contrainte là me fait plus mal que tous les liens que mon Maître a pu serrer autour de ma peau.

     

    mon regret restera en moi, et je parais légère, comme si je n'étais pas affectée par la privation.

     

    "je vais faire la teinture à Lulu, ça te dérange pas? c'est vite fait."

     

    mon Maître a failli se pencher pour m'embrasser, mais s'est retenu, une expression de "comploteur tenu au secret", sur les lèvres, et dans les yeux.

     

    "non. mais faîtes pas de bruit, j'ai du boulot."

     

    "on n'en fera pas, on va aller dans la salle de bain."

     
     
     
     
     
     

    je mélange le "chocolat", et le "caramel", devant l'air moqueur de Lucie, qui me dit que j'ai l'air "très concentrée".

     

     "C'est ton coloc , le mec ?"

     

    je frémis.....

     

    "oui."

     

    ça y est, les "mèches caramel" sont prêtes à fondre dans le chocolat......

     

    "c'est ton proprio, aussi?"

     

    une sueur froide me coule dans le dos..... mon "proprio" ? qu'est ce qu'elle dit? comment elle sait? comment elle sait, que je lui appartiens?

    mais non, que je suis bête...... elle ne sait pas......

     

    je pense "oui".....  un sourire discret sur mes lèvres, qu'elle ne voit pas...... je dis "non".

     

    "non. on sous-loue, ici. simplement."

     

    "j'sais pas comment tu fais, moi ça me saoulerais trop de vivre avec un gars, comme ça, que je connaissais pas, et de devoir demander si je dérange pas, dès que j'ai envie de bouger."

     

    je hausse les épaules, et joue l'indifférente..... "t'inquiète Lulu, ça se passe bien."

    le "sourire secret" a envahi à nouveau mon esprit.....

     

    Lulu a penché son visage au dessus de la douche, et je finis d'appliquer la teinture sur la pointe rosée de ses cheveux, foncés par l'humidité.

     
     

    "n'empêche, ça va bien me prendre la tête, encore, de devoir aller pleurnicher à la grognasse de l'intérim...."

     

    je ne réponds pas.....

     

    "j'ai pas envie, tu sais, nina....."

     

    "je sais. mais ça va aller, t'en fais pas, Lulu, ça va aller. on est jamais restées sur le carreau, nous deux, en un an. on est des killeuses."

     

    "des killeuses? mouais..... on se tape surtout toujours les p'tits tafs tout pourris que personne ne veut......"

     

    je me rince les mains..... Lulu se regarde dans le miroir, à côté de moi......

     

    "mais non......"

     

    je dis "mais non.....", pour consoler Lulu, mais je pense "oui". elle a raison, même si je n'ai aucune envie de l'admettre.

     

    de toutes façons, mon "mais non" ne sert à rien. Lulu se regarde dans la glace, et ses yeux sont rouges, sous le"caramel". elle aura envie de pleurer, quoique je dise..... je commence à la connaître suffisamment pour le savoir.

     

    Je suis contente de la connaître suffisamment pour le savoir.

     

    jamais je n'avais noué de relation avec qui que ce soit assez longtemps pour connaître ses défauts, aussi bien que ses qualités, et les apprécier au même titre que ces qualités.

     

    jamais.

     

    Lulu est la première "amie" que j'ai gardé plus d'un an....... la première à qui je n'ai pas tourné le dos, au moment de partir quelques mois après l'avoir connue, pour lui cacher mes larmes..... elle est l'amie que toutes les petites filles, et toutes les ados, puis les jeunes femmes, rêvent d'avoir, en écoutant comme des débiles "ta meilleure amie".

    Un an....... une éternité, pour moi, en terme d'"amitié".

     

    alors, même si elle garde envie de pleurer devant mes efforts pour la réconforter, moi mon affection pour elle reste intacte.

     

    elle murmure "mais non......", répétant mes mots après moi, sans lâcher son reflet des yeux..... elle a l'air si vide, mon amie, ce soir..... si vide.

     

    lorsque son regard dérive, et qu'elle tombe sur le mien, je lui souris.

     

    à son tour, à présent, de faire sécher le mal-être que son chagrin est en train de faire germer en moi.

     

    en une fraction de seconde, Lulu parvient à effacer le "vide" que j'ai vu dans ses yeux, et à le remplacer par une bouille rieuse.

     

    "ba....... de toutes façons, on a toujours "l'arme fatale 4", pas vrai? "

     

    Lulu se redresse, et joue à marcher en remuant les fesses, entre la salle de bain et le couloir. je pouffe de rire, l'imaginant trop bien devant le mec de l'ANPE, et la sachant capable d'adopter la même démarche provocante, roulant du cul , et bombant les seins...... je pouffe de rire aussi parce qu'elle a du "caramel" sur le front, juste entre les deux yeux, comme une "indou", et que j'imagine mal une "indou qui joue la pute".

    j'éclate de rire lorsqu'elle tend ses bras vers moi, pour m'inciter à l'imiter, sans cesser de trémousser ses fesses en riant......

     

    un regard vers l'entrebâillement de la porte, que mon maître ne voit pas, surtout......

     
     

    et je traverse le couloir, jouant, moi aussi , à rouler des fesses, et adoptant, pour la faire rire, une moue provocante avec mes lèvres......

     
     
     
     

    lorsque je croise le regard de mon Maître, mon cœur se serre, et la peur glace mon corps.....

    je m'immobilise dans mon geste, dans mon jeu, et mon sourire s'efface.....

    Silhouette éphémère de ses doigts qui portent sa cigarette à ses lèvres, que j'aperçois à peine...... silhouette à peine support à "ce" regard, qui arrête mon cœur aussi net qu'une balle..... regard qui se fixe dans le mien comme s'il pouvait entrer en moi, et qui me dit que mon Maître semble avoir honte de moi......qu' il semble...... "déçu".

     

    Lorsque Lulu se retourne, pour voir ce qui a figé mes membres et mon visage, la silhouette de mon Maître a déjà dépassé l'encadrement de la porte, et disparu du bout du couloir.....

    mais, dans ma tête, son regard est toujours braqué sur moi.

     

    je rince les cheveux de Lulu avec une boule au ventre.

     

    "c'est chouette, hein?"

     

    "oui..... oui......"

     

    mon ventre est si serré que j'ai du mal à parler.

    je la raccompagne, et lui dit au revoir rapidement

     

    " oui Lulu, c'est chouette ta couleur."

     

    "oui. oui. c'est mieux que rose.

     

    "oui. allez, va t'en, tu vas louper le dernier bus."

     

    "mais non, je te mets pas dehors......"

     

    "oui, ils sont chouette tes ch'veux , comme ça. allez, à vendredi...."

     
     
     

    lorsque je referme la porte derrière moi, et m'y adosse un instant, les paupières fermées, le temps d'essayer de desserrer la boule qui a plombé mon ventre, je me sens minuscule...... comme si les murs autour de moi s'allongeaient en hauteur, et que je m'enfonçais entre les joints du carreau.... j'ai déçu mon Maître......

     

    je range en silence la salle de bain, passe une éponge imbibée de Mr Propre sur le bac à douche, et le lavabo..... je retarde autant que possible le moment de rejoindre "ce" regard là....

     

    je referme la porte de la salle de bain derrière moi, rassemblant mon courage en une grande inspiration d'air teinté de l'odeur citronnée du nettoyant, puis traverse la pièce, et me rapproche de lui, le regard baissé. Sans croiser ses yeux, je m'agenoue à ses pieds.

     

    les mots sont pressés de sortir, ma voix tremble sans que je ne puisse l'en empêcher.... "pardonne moi. tu sais bien que c'était juste pour rire." je me force à relever le visage vers le sien, et à lui sourire.

     

    il ne répond rien..... pas même une caresse.....

     

    un sanglot reste coincé dans ma poitrine.... je murmure "juste pour rire."

     

    je reste à genoux, seule, lorsqu'il s'éloigne.

     

    par pitié Raphaël, reviens..... regarde moi.....

     

    regarde moi....

     

    si tu ne me regardes plus, je n'existe pas.....

     
     

    je reste à genoux, seule, sur le carrelage froid, plus seule que jamais, pendant de longues minutes, durant lesquelles le vide qui m'envahit m'empêche de faire le moindre geste..... pendant de longues minutes, avant qu'il ne se rapproche de moi.....

     

    il me regarde, et je n'ose pas lever les yeux vers lui, de peur d'y trouver du mépris.

     

    il s'accroupit devant moi.

     

    je murmure "pardonne moi." les larmes si difficilement retenues me viennent aux yeux, minuscules et invisibles.....

     

    "je te pardonne, nina.....

     

    mais tu sais.... je voudrais tellement que, comme au tout début, quand tu es arrivée avec moi, tu ne restes influençable que par moi, fragile que pour moi , manipulable que par moi..... je voudrais que tu restes dure avec les autres, fermée, comme tu l'étais quand on s'est connus, et que toute ta fragilité reste uniquement à moi. je voudrais pouvoir être encore le seul à te mouler, à te façonner, comme j'en ai envie. le seul et l'unique. je voudrais pouvoir t'enfermer ici, et ne plus jamais te laisser sortir, pour être sûr que tu ne te fragilises pas avec les autres, pour être sûr de garder tout ce qu'il y a de façonnable en toi pour moi..... j'aimais tellement être le seul à avoir de l'influence sur toi.....

     

    tu comprends nina?"

     
     

    je reste silencieuse...... c'est si rare que mon Maître parle autant...... lui qui, d'habitude, ne parle que pour colorer l'air de rires joyeux et insouciants, et cache ses sentiments trop profonds en lui-même pour qu'ils ne puissent pas sortir.....

     

    mais......oui. oui, bien sûr que je comprends......

     

    je crois même que, inconsciemment, je savais déjà qu'il y a ces sentiments là dans la tête de mon Maître, même si je ne mettais pas de mots dessus, même si je ne pensais pas qu'ils puissent y être si présents, et si marqués.

     

    d'ailleurs...... je crois que j'aimerais aussi. réellement. qu'il m'enferme. que je reste sensible uniquement à sa volonté, et à rien d'autre..... que je ne sois colorée que de Ses couleurs....

     

    oui mais.... Raphaël, mon amour, c'est toi qui m'a "fragilisée", tu m'as fait goûter à l'amour, tu as attendri mon cœur comme on ouvre les fenêtres d'une maison sombre, pour y laisser entrer la lumière.....

     

    depuis Toi, j'ai goûté à l'amitié, aux "relations qui peuvent durer plus de quelques mois"..... plus d'un an, même.... tu as fait taire mes angoisses les plus sourdes, et tu m'as rendue à moi-même...... est ce que tu ne t'attendais pas un tout petit peu, quand même, à ce que, un jour, je ne sois plus "fragile que pour toi" ? à ce que je m'ouvre davantage...... à ce que je laisse ma fragilité éclater au grand jour.....

     

    je t'ai trahi. c'est vrai. je t'ai trahi, puisque tu aimais tant que je ne sois qu'à toi..... la honte m'envahit, car tu es bien la dernière personne que je souhaite trahir...... la dernière personne que je souhaite décevoir.....

    les yeux baissés sur ma trahison, sur ma honte, je sais bien que tu attends que je te dise "pardon Monsieur", pour pouvoir "jouer avec moi", et laisser sortir de toi, sur mon corps, la déception qui t'a envahi, quand j'ai été si stupide, avec Lucie.....

     

    oui mais..... ce soir, l'envie de douleur est moins forte qu'elle n'a été..... elle reviendra, sûrement, elle revient toujours, elle est comme une vague qui ne cesse de venir harceler les plages, mais, pour le moment, la vague s'est retirée, et, sur le sable, je suis au sec, et je n'ai pas envie.

     

    peu importe. l'envie de ne pas te perdre qui me plombe le ventre n'a qu'à filer un coup de vent, sur ma vague, pour la faire revenir humidifier ma peau.....

     
     

    je fixe mes yeux dans les tiens.....   "pardon Monsieur."

     

    tu me souris. et , plus que jamais , tu es mon Maître.

     

     

    sans bruit, je te suis jusqu'à Notre pièce.....

     

    sans bruit, je sens ta main danser sur mes fesses, et mon cœur s'affoler, et mes sanglots m'étouffer.... mes cris, brefs, qui suivent ton rythme, rompent le silence lorsque ta main fatigue et que c'est l'un de nos jouets qui fait danser ta fougue sur ma peau.....  par réflexe, j'essaie de me soustraire aux coups, mais un regard de toi suffit chaque fois à me remettre à ma place. et ma peau rougit, et mes lèvres tremblent.....

    je sens ton sexe labourer mon ventre, je sens ta rage d'avoir "perdu le contrôle complet de moi" , ta tristesse que le temps où je n'étais imbibée que de toi, de tes principes, de tes envies, de ton pouvoir, soit un peu pâli, je sens ta déception..... je te sens exulter en moi, à deux reprises, presque consécutives, je sens la pression que tu as accumulée à cause de moi s'enfoncer dans la peau de mon ventre, prenant la forme de l'arrondi de tes ongles, qui s'accrochent à ma peau et y dessinent de longues traînées, comme si elle n'était que du sable..... pendant que ton sexe s'affole dans mon corps.....

    je sens cette pression s'éteindre, et mourir, enfin, lorsque les derniers coups rougissent plus mollement ma peau, et que ton souffle se calme dans ma nuque .....

     

    et je t'embrasse..... encore et encore.....

     
     
     
     
     

    près d'une heure après ton soulagement, alors que mon corps marqué de Toi est lové contre le tien, et mes yeux prêts à se fermer, je sens tes bras m'entourer, et me soulever.

     

    j'entrouvre les lèvres, pour te demander, mais tu murmures "chut, je ne veux pas t'entendre", et tu entoures mon collier, signe de mon appartenance, autour de mon cou.....

    lorsque tu te retournes une seconde, je caresse le cuir du bout de mes doigts, et ferme les yeux de bonheur..... une seconde. juste une seconde. Je t'aime.

     

    je te laisse me porter, comme si je ne pesais rien, jusqu'à la voiture...... la douleur sur la peau de mes fesses est encore si cuisante que j'ai du mal à supporter le tissu du siège de la voiture contre mon corps.....  je gémis doucement.....

     

    je n'ai pas peur de l'endroit où tu vas m'emmener, car ton regard , qui s'échappe par moments sur moi, à la dérobée, est plus tendre que jamais...... je sais aussi, à la façon dont tu conduis, souplement, que tu n'es pas en colère contre moi..... je renie la douleur de ma peau, et me laisse aller contre le siège.

     

    La départementale..... le jour commence à tomber, déjà, et le ciel a pris une couleur mi grise, mi orangée.....

     

    Lorsque tu ralentis au niveau de la "maison andalouse", comme nous l'avons appelée, je suis surprise..... mais, à nouveau, tu murmures "chut."

     

    La "maison andalouse" est une superbe villa, dont le jardin m'a toujours émue, tant il paraît sorti d'un autre monde, et il semble, rien qu'à la regarder, que l'on peut lui conférer milles histoires. elle semble hors du temps, avec ses fausses colonnes peintes à la peinture ocre sur ses façades, sa petite fontaine à tête d'ange rêveur, et ses glycines mauves pâles qui courent le long de l'étroite allée rectiligne.....

     

    elle a un air de "cimetière", de "refuge des rêves oubliés", de pureté, de douceur.....

     

    chaque fois que nous sommes passés devant cette maison, je t'ai répété mon trouble, que je n'explique pas. chaque fois, tu as souri.

     

    mais , ce soir, pourquoi t'être arrêté là ? juste devant cette grille de fer forgé.

     

    "descends ma puce."

     

    j'obéis , fixant du regard les deux petites allées de gravier, épiant le bruit continu de l'eau s'échappant de la fontaine.....

     

    tu claques sans bruit la portière derrière moi, et tu sors un sac sombre de la voiture. Notre sac. je ne t'avais même pas vu le prendre, en partant....

     

    lorsque tu poses le sac sur ton épaule, me sourit, et, sans hésiter une seule seconde, pose tes doigts et tes pieds sur les barreaux de la grille de fer forgé, pour l'enjamber, je ne comprends pas.

     

    "Raphaël? qu'est ce que tu fais? tu es fou..... et si quelqu'un venait..... et s'il y avait quelqu'un, dans la maison.... arrête, c'est interdit...."

     

    tu me souris, dans la semi-pénombre naissante.

     

    "depuis quand tu as peur de ce qui est interdit, toi, mon chou?"

     

    j'ai envie de te répondre "depuis toujours". mais la Nina que tu as envie de posséder ne te répondrait jamais ça, alors je te souris.

     

    tu me fais un clin d'œil et, souplement, te laisses retomber de l'autre côté de la grille.

     

    "allez, viens."

     

    je jette un regard derrière moi.... puis reviens à toi et cherche du secours dans tes yeux.....

    "non. j'ai peur Raphaël. on ne devrait pas faire ça. j'ai trop peur que quelqu'un arrive....."

     

    tu fixes tes yeux dans les miens.

     

    "viens."

     

    ton regard ne laisse plus droit à la contestation, d'ailleurs, je suis absolument incapable de le soutenir.

     

    prudemment, essayant de ne pas émettre le moindre bruit, je me hisse sur les barreaux de la grille....

     

    lorsque je passe une jambe de ton côté, je sens ta main, puissante, me retenir.....

     

    je suis à mi-route entre l'extérieur et l'intérieur, une jambe de chaque côté de la grille.

     

    je m'immobilise sous tes doigts, et te regarde, sans comprendre.

     

    je sens que tu tournes le cuir de mon collier sur la peau de ma nuque, pour en faire passer le mousqueton sur le devant. tu y clippes la petite chaînette.

     

    je sens avec frayeur la chaînette se tendre vers le bas, et te vois en accrocher l'autre extrémité au barreau le plus haut de la grille.

     

    "qu'est ce que tu fais? arrête, s'il te plaît, arrête....."

     

    "tais toi."

     

    je sens tes doigts passer dans mon dos, et défaire le lien en tissu du petit haut que je portais.

     

    comme je ne portais pas de sous vêtements, mes seins se libèrent dans l'air frais de la fin de l'été. je frémis de la tête aux pieds.....

     

    du plat de la main, tu fais glisser le tissu de la jupe qui protège mes cuisses le long de celles-ci, le jean se replie à la base de mes cuisses à demies écartées de chaque côté de la grille. je soupire d'incompréhension en fixant ton regard...... d'incompréhension ? ou simplement d'envie de toi..... ?

     

    J'entends tes doigts défaire le zip de Notre sac, et les vois se rapprocher de la pointe de mes seins, pour y clipper les plus petites pinces.

     

    Mes tétons se hérissent de douleur, l'un après l'autre. je rejette mon visage en arrière, dans le vide, et maintiens mes lèvres entrouvertes, et mes yeux mi-clos pour retenir la douleur en moi, car, si je ne la retenais pas, un cri s'échapperait de ma gorge, et briserait le silence de la presque-nuit qui nous entoure, où l'on ne perçoit que le faible chant des grillons.

     
     

    comme tu l'avais fait au niveau de mon collier, tu clippes deux petites chaînettes sur les pinces de mes seins, et les fait se tendre vers le bas, vers la grille, à laquelle tu les emprisonnes.

     

    tu poses un pied sur le barreau le plus bas de la grille, qui tremble un peu sous ton poids, afin de te retrouver à ma hauteur, et tu déposes un baiser sur mes lèvres......

     

    je ne peux retenir un gémissement de plaisir et de désir de toi, à la simple approche de ta peau, et de ton odeur.....

     
     

    Lorsque je te vois te baisser pour saisir la poignée du sac entre tes doigts, et me sourire, tout mon corps se tend. une onde d'envie traverse mon ventre de bas en haut, c'est le simple effet de ton regard sur moi..... tout mon corps te réclame.....

    Ta silhouette s'éloigne au milieu des arbustes alignés du jardin de la "maison andalouse" .

     

    Très vite, je ne la distingue plus, comme je ne distingue plus le bruit de tes pas sur le gravier.....

     

    il me semble entendre le grincement d'un petit portail.....

     

    un courant d'air froid sur ma peau me rappelle ma quasi-nudité, et un souffle d'angoisse traverse mon corps.....

     

    Mes muscles, qui doivent malgré eux supporter ma position, deviennent douloureux, j'essaie de danser d'un pied sur l'autre, mais j'ai peur de tomber, et chacun de mes mouvements torture la peau fine de mes tétons, sur lesquels les pinces, tendues vers le bas, dansent impitoyablement dès que mon corps fatigue.....

     

    Je guette le moindre bruit pouvant m'indiquer ton retour, mais tous les bruits que je perçois ne savent qu'accentuer mon angoisse......

     

    Le bruit lointain d'une voiture, sur la route nationale...... le bourdonnement d'un scooter, qui approche, j'en suis sûre, j'en suis sûre........ mon cœur bat à 100 à l'heure...... mais non. le bourdonnement, déjà, s'éloigne.....

     

    chaque voiture sur cette route me rend folle d'angoisse...... et si quelqu'un tournait? et si quelqu'un choisissait de venir sur ce chemin?

     

    je serre fort mes doigts au premier barreau de la grille, pour essayer de garder mon calme......

    je relève les yeux vers les arbres, dont les feuilles bruissent au dessus de mon visage.....

    je calque ma respiration sur le rythme du vent dans leurs branches, pour garder un souffle régulier.....

     

    Raphaël, je t'en supplie..... Reviens..... reviens..... et les autres, par pitié, restez loin.

    je réalise que c'est peut-être ça le but de notre "jeu" de ce soir......

    ou peut-être pas..... en réalité, je ne sais plus ce que je réalise....... j'ai trop mal pour penser à quoique ce soit, à présent..... les pinces semblent, à chaque minute, se serrer davantage sur la pointe de mes seins.....

    je sens les muscles de mes cuisses, et de mes chevilles, trembler, pris de fourmillements qui remontent jusque dans mon dos...... je gémis en moi-même, pour me calmer.....

     

    je crois que le temps est en train de perdre toute consistance. La seule consistance qu'il garde, à présent, c'est la certitude que je suis restée assez longtemps immobile en équilibre sur cette grille pour n'avoir plus qu'une envie: n'être "façonnable" que par mon maître..... uniquement par mon Maître.

    comme il en rêve..... comme il l'a dit..... c'est la seule idée qui me reste en tête, dans les relents de la douleur qui me traversent.....

     

    je sens la panique m'envahir, j'ai même du mal à continuer de percevoir le bruit des voitures au loin..... loin..... si loin.... je sens les larmes couler sur mes joues, un sanglot secoue ma poitrine, les pinces se resserrent...... toujours plus fort..... mes fesses, mises à nues par les doigts de mon Maître touchent presque le fer gelé de la grille.....

     

    je fixe le bruissement des branches..... qui tournent autour de mon visage renversé en arrière...... à une allure folle..... puis lentement..... puis trop vite..... je sens mes forces m'abandonner, mes doigts se desserrer.....

     

    je crois percevoir à nouveau le grincement d'un portail...... le même bruit discret que lorsque mon Maître m'a laissée.....

     

    grincement à peine perçu, à peine remplacé, déjà, par le bavardage bruyant des grillons..... et je me demande si je ne l'ai pas tout simplement rêvé.....

     

    je baisse les yeux sur mes doigts, et réalise qu'ils n'ont plus la force, à présent de me retenir. ils sont à peine entourés autour du fer, et je les regarde, impuissante, lâcher prise peu à peu..... je sens l'anneau fixé à mon collier se tendre, le cuir se serrer autour de ma gorge...... je sens mon pied déraper, je sens la peau tendue de mes fesses claquer sur le métal....... les branches tournent une dernière fois autour de moi....... je ferme les yeux.....

     

    pourquoi est-ce que le collier ne m'étrangle pas? pourquoi est-ce que les grillons se sont tus? pourquoi est-ce qu'une chaleur inimitable, irremplaçable, est en train de m'envahir?

    je sens les pinces, sur mes seins, se desserrer doucement, et la douleur qu'elles me procurent ramène la lumière du soir jusqu'à mes pupilles mouillées.

     

    Ses bras sont autour de moi, et je serre les miens autour de lui, je sens la pression autour de mon cou se relâcher, et mon corps tomber souplement contre le Sien.

     

    Juste assez longtemps...... je suis restée Juste assez longtemps offerte au vide, sur la grille de Notre maison andalouse, pour me souvenir que je n'ai envie d'être colorée Que par lui.....

     

    Mes bras se sont resserrés malgré moi autour de lui, et je me sens étrangement vide, lorsqu'il me repousse doucement.

     

    je le regarde détacher ma chaînette de la grille, pour la clipper à nouveau à mon collier.

    ses mains se posent sur mes épaules, et il presse mon corps vers le bas..... je me laisse agenouiller à ses pieds, et lui souris, lorsqu'il tire doucement mes poignets vers le bas, pour me mettre "à quatre pattes", faisant de moi la petite chienne que je suis, honteuse de désir, désir brûlant, désir de Lui....

     

    d'un geste, il relève au dessus de mes reins le mince tissu de jean qui me protégeait encore du frais, et enfonce en moi ses doigts, qu'il ressort, une expression de triomphe sur le visage...... car, dans la lune naissante, je vois bien qu'ils brillent, ses doigts...... qu'ils brillent de mon envie.....

     

    Mon Maître tire doucement ma chaînette en avant, et me voilà à le suivre, dans cette allée sortie d'une autre vie, mes genoux et la paume de mes mains s'écorchant sur le gravier.

     

    je me souviens de la petite curiosité qui me prenait au ventre, chaque fois que nous passions devant cette grille, des histoires, mêlées de souvenirs d'autres histoires que l'on m'a racontées, et qui m'ont toujours suivie, jusqu'à aujourd'hui, qui me venaient en tête.

     

    suivant mon Maître à la manière d'un félin domestiqué, je caresse du regard chaque détail de ce jardin que j'avais imaginé en moi-même, si souvent, et dont j'avais détourné les yeux.

     

    des pots bleutés , et des jarres de terre cuite jaunies à leur base dessinent le parallélisme de l'allée, le petit visage d'ange de la fontaine semble me sourire, l'air moqueur, les mosaïques orangées qui entourent la base des fausses colonnes rouge ocre ont quelque chose d'oriental, quelque chose de ce petit bout de région à la frontière entre le sable et la garrigue, de ce pays où tout prend racine, où notre histoire est née, de ce pays qui n'est plus......

     

    les glycines s'enchevêtrent autour des troncs de deux petits orangers, et vont se perdre dans la broussaille sombre des néfliers.....

     

    je relève une dernière fois les yeux, une dernière fois pour voir cette immense plaine derrière la maison, parsemée de chênes et de peupliers..... où tout commence et tout finit..... j'aimerais tellement que ça ressemble à ici, le jour où tout finira..... j'aimerais tellement connaître Cette fierté, que je n'ai jamais su.

     

    la paume de mes mains, et mes genoux sont striées de petites éraflures de sang, lorsque mon Maître m'ordonne de m'arrêter, tirant doucement sur ma chaînette.

     

    j'étais partie si loin, déjà, que lorsqu'il presse doucement sur ma nuque, pour que je m'offre, j'ai un mouvement pour lui résister, oubliant presque que je suis chienne..... que je suis Sienne.

     

    Une gifle sur mon visage me ramène à lui, je demande pardon du regard, et offre les courbes de mon corps, dans la nuit presque tombée. mes seins nus, sur la terre sèche, sont encore douloureux des pinces. je gémis doucement.

     

    Il s'accroupit et saisit mon visage entre ses doigts.

     

    il relève mon menton, du bout de son index.

     

    "regarde nina. regarde ma puce."

     

    je relève les yeux devant moi, et mon cœur s'affole.....

     

    Là. juste derrière le petit portail que j'ai entendu grincer par deux fois sous les doigts de mon Maître..... Là.

     

    Tout le temps où je l'ai attendu, à moitié nue dans le vide, il a dû le passer à Créer ce qui est devant moi.

    Chaque allée transversale du jardin est encadrée, sur toute sa longueur, de Nos petites bougies sombres. ces bougies qui servent généralement à faire monter mes cris de douleur dans le silence, et ma passion dans mon ventre....

     

    c'est de leur poids que Notre sac était lourd, sur l'épaule de mon Maître, quand il s'est éloigné de moi.

     

    je ne saurais décrire la beauté de ce qui est devant moi. je ne sais même pas comment il a pu faire pour les disposer si parfaitement, pour les illuminer chacune si rapidement, il me semble que je suis face à la plus belle chose que j'ai pu voir depuis des mois.....

     

    à cet instant précis, tout au fond de mon ventre, j'ai la Certitude que mon Maître ne peut être qu'un Ange.... un Magicien..... j'ai la certitude que sa présence dans ma vie est dictée par quelque chose qui me dépasse, qui me surplombe, qui me protège..... je suis Persuadée que cet homme là est arrivé à moi par Magie.

    à cet instant précis, je suis plus Sienne que n'importe quoi d'autre.

     

    j'ai envie de me relever, et de l'embrasser...... mais je ne bougerai pas. je plonge mes yeux dans les siens, et courbe davantage mon corps......

     

    Tout le temps où mon Maître me prend, mes pupilles luisent non plus de mes larmes, mais de chacune de ces petites flammes dansantes qui éclairent Notre nuit.....

     

    lorsque ma jouissance, mêlée à la Sienne, me fait m'effondrer sur le sol, une petite bourrasque de sable clair s'élève devant mes seins, brillante du Feu de mon Maître.

     

    Lorsque qu'Il glisse ses paumes sous moi, et me relève, la douleur sur ma peau est effacée, oubliée, les bougies sont en train de s'éteindre une à une sous mes yeux.....

     

    j'ai une pensée affectueuse , en les regardant s'éteindre, pour les habitants de cette maison, qu'ils nous ont prêtée, sans même le savoir, imaginant leurs visages surpris, quand, à leur, retour, ils trouveront, le long de leurs allées, de petits tas symétriques de cendres brunes.....

     

    je relève les yeux vers l'une des fenêtres de la maison, et crois y percevoir une lumière..... je rêve, sans doute..... je rêve. c'est sûrement juste le reflet de l'une de nos bougies mourantes..... et pourtant, cette lumière vibre si fort, derrière le petit carreau, elle danse si vivement, que je ne peux m'empêcher de lui sourire, en serrant plus fort encore mes bras autour de Celui à qui j'appartiens.

     

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